Morceaux de choix
Une sombre forêt, écrasée de neige. Deux enfants perdus, abandonnés, affamés. Une appétissante maison en pain d’épices au toit de gâteaux. Une incorrigible sorcière… « Langue, langue lèche, qui donc ma maison lèche »… Là voilà se penchant sur les deux bambins endormis et repus : « Quand elle les vit qui reposaient si gentiment, avec leurs bonnes joues toutes roses, elle murmura : quel bon repas je vais faire, cela fera un morceau de choix » (Jacob et Wilhelm Grimm, Hansel et Gretel, édition de 1912).
Des textes comme des morceaux de choix, voilà ce qui nous aussi nous régale et fait notre banquet roboratif ! Sans s’en laisser qu’on tait…
À chacun sa recette, coutumière ou revisitée à sa sauce, à chacun son nouage inventif aux associations éclectiques.
Un savoir-faire de son cru dans le creuset de sa singularité. Des particules pourtant tissées ensemble par un même fil, celui de la dimension inventive de la rencontre, et de l’interrogation d’une pratique analytique toujours à vivifier.
Cela peut être une question de survie. Rester vivants en dansant autour du fagot de la créativité.
Gretel le sait bien, elle qui doit sauver Hansel de la marmite. De quelle baguette doit-elle se saisir pour précipiter dans le four la bouche vorace qui la menace ?
« Juchbei, nur ist die Hexe tot… »
La sorcière est morte, du moins pour un temps, et notre rendez-vous mensuel peut certainement contribuer à son ensevelissement.
Un autre petit solitaire nous rappelle qu’il ne faut jamais cesser de nager. C’est ce vilain petit canard, si différent des autres, qui nage, nage, nage, même en rond, l’essentiel pour lui étant d’empêcher que l’étau de glace ne se resserre et qu’il enserre son corps duveteux pris dans la morsure de l’hiver. Non, il ne sera pas celui qui reste de glace, fixé aux cristaux d’un désir impossible. Il ne sera pas celui qui s’en balance, comme un métronome. Le maître aux normes. Il est temps pour lui de lâcher la peur de mal faire, voire l’envie de faire mieux. Lâcher la proie pour l’acte et faire un « patte de côté » pour que de ses plumes jaillisse l’aile.
Alors laissons-nous conter une nouvelle fois « la magie de no(s) ailes » en attendant avec L. Frank Baum que la sorcière de l’Ouest, la bien nommée El-Fa-Ba, et la sorcière de l’Est reçoivent enfin toutes les deux leurs seaux sur la tête !
« Juchbei, nur ist die Hexe tot ! »
Gilles Olombel
SOMMAIRE
ÉDITO
JOURNÉES NATIONALES 2025
« L’AVENTURE PSYCHANALYTIQUE ET SA LOGIQUE »
L’aventure analytique à l’aune de l’aventure scientifique François Boisdon et Bernard Nominé
Qui me dira qui je suis ? Marie-Élisabeth Girod
Pourquoi se réveiller ? et quelques autres questions Frédéric Escoffier
La mésaventure psychanalytique Yann Dujeancourt
Il faut naviguer… Dominique Touchon Fingermann
FRAGMENT
XIIIE RENDEZ-VOUS INTERNATIONAL DE L’IF-EPFCL
« L´ÉTHIQUE DE LA PSYCHANALYSE ET LES AUTRES »
São Paulo, 23-26 juillet 2026
À propos du silence dans la fonction de l’analyste Sandra Berta
L’analyste fait ce qui doit être fait, ou comment mettre les mains dans la merde Luciana Guarreschi
ENTRE-CHAMPS
Écrire pour se créer un corps Correspondance Claro et Patricia Robert
CARTEL
Qu’est-ce qu’un cartel ? Sophie Pinot
Dire l’insaisissable Patricia Kindts
RÉSEAU ENFANT ET PSYCHANALYSE
Un dispositif pour petits sujets en mal de mots, Et en route pour Vladivostok ! Esther Morère Diderot
Un atelier en cache un autre Catherine Chauveheid
BRÈVE
À propos de Sur la parole analytique, Maurice Blanchot Adèle Jacquet-Lagrèze
MARGINALIA
Venise, Proust et le symptôme. Andate e ritorno Marie-José Latour
