Monstres et Cie

Cet été, et jusqu’au 13 septembre 2020, le musée d’Orsay nous propose un voyage « Au pays des monstres » pour découvrir les différentes sculptures et dessins créés par Léopold Chauveau (1870-1940).

Au fil de la visite et des rencontres avec ses créations, la vie de l’artiste se révèle. Ayant réalisé des études de médecine, puis exerçant comme chirurgien, sa passion pour l’univers fantastique, imaginaire et sa soif de création n’ont jamais cessé.

En naviguant entre tous ces monstres, il est surprenant d’observer combien certains des objets de la pulsion y prennent une place considérable. Et d’ailleurs, si on lève les yeux au ciel on constate que, pour décorer la pièce, des yeux pendent du plafond, presque en orbite, suspendus, droits sur nous.

A l’occasion, les adultes se prêtent à un jeu proposé aux enfants pendant la visite sur une tablette tactile, à savoir « dessine ton monstre ». Les monstres dessinés sont ensuite projetés sur l’un des murs de la salle d’exposition parmi les autres. Que de figures multiples et effrayantes où chaque monstre a son trait, sa particularité qui le définit comme tel. Une bouche ensanglantée, des yeux exorbités, un corps difforme, éclaté, modifié. Faire dessiner les dits adultes et entrevoir quelle serait leur figure du monstrueux.
C’est un jeu pour les enfants auxquels les adultes font mine de jouer car c’est bien connu, les petits seraient les seuls à avoir peur des monstres, ils demandent de regarder sous le lit, dans le placard, derrière l’armoire. Mais alors quand est-ce que ça s’arrête ? Où regarde t-on après ?
Au-dehors de la chambre ?

Les récits que l’on peut lire tout au long de notre promenade, content comment ce créateur voulait inventer des monstres imaginaires qui s’avéraient moins effrayants (voire sympathiques) que ceux du monde extérieur. Le visage, le corps révèlent-ils les monstres ? Qui sont les monstres ?
Médecin ayant aidé les blessés de la guerre 14-18, Léopold Chauveau s’engagera contre le fascisme dans cet entre deux guerres et s’éteindra en 1940 à la veille de la seconde guerre mondiale. Une époque qui mettra la lumière sur d’autres monstres, eux, bien réels.

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Et si on parlait d’art ?

du 27 avril 2019 – 3 novembre 2019 aux Musées des Beaux Arts de Rennes, avec Guillaume Kazerouni, commissaire de l’exposition & Vincent-Michaël Vallet, artiste invité, diplômé de l’École Européenne Supérieure d’Art de Bretagne (EESAB) en 2017.

Charles Le Brun, Descente de croix (vers 1679) et Vincent-Michaël Vallet, Amour et Bagarre dans souliers propres sur gazon coloré (2019), modèle numérique imprimé sur moquette.

Co-errance

À première vue, l’occupation de Vincent-Michaël Vallet génère un éparpillement d’objets ludiques et disparates, tirés d’un imaginaire toujours déjà enfantin et d’un rapport naïf au monde. Dans cette constellation, qu’y lire ? Errance, plus qu’égarement, là où l’erre désigne l’élan acquis qui pousse dans une direction ; lancée qui atteint à un sens. La co-errance consonne alors comme seul lot de savoir possible.

Contre toute attente, il y aurait de la cohérence dans l’errance. Est-ce à dire que toute errance est déterminée ? Encore faut-il accepter de se mettre à l'(h)auteur de l’enfant, et de la plus sérieuse des questions, « Pourquoi ?« . Auteur de vue. Pour autant, l’artiste ne joue pas à l’enfant. Cet enfant qui, dans sa liberté de production et son autorité, est artiste par excellence. Prélude. Consentir au déplacement qui conduit du lieu du sens commun et tranquille de l’adulte, celui qui croit savoir, vers la proposition de la dissidence. Co-errer avec, être disposé à se laisser glisser vers une forme d’éloge du balbutiement, de la potentialité de l’ébauche et de l’étonnement comme éthique de celui qui se met à l’heure de l’école de l’enfant.

Vincent-Michaël Vallet, avec cette nouvelle proposition, poursuit sa geste artistique en proposant un parcours dans les collections de peintures du musée des Beaux-Arts de Rennes. Retrouverait-on ici ce verbe enfantin, buissonner ? Buissonner, soit, comme l’indique Frédéric Emprou (Portrait de l’artiste en buissonnier, Revue 303, n°141, 2016, p.72), partir à l’aventure ou prendre un chemin de travers(e). Au cours de déplacements entre les salles, on y découvre peintures, sculptures, collages, compositions ; déambulations et rencontres qui proposent une autre lecture de ce qui fait l’habitus du musée…

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