Adolescentes

Il faut voir ADOLESCENTES[1], de Sébastien Lifshitz. Pendant cinq années, le réalisateur a filmé dans leur quotidien intime, par périodes de plusieurs semaines, deux adolescentes, évidemment lambdas, évidemment singulières. Avec une bienveillance subtile, de plans larges en gros plans, de clair en obscur, de non-dits en corps parlants, le documentariste dévoile les contrastes. Contrastes entre les deux filles, bien sûr, qui mènent, comme elles peuvent, leur corps vivant dans des histoires sociales et familiales tellement différentes. Mais contrastes de chacune en elle-même, aussi. Dans une oscillation entre volubilité bavarde et lourd silence, les deux jeunes filles semblent rejouer un Fort-Da qui interroge sans cesse, me semble-t-il, leur propre présence-absence au monde (celui des adultes), dans une tentative déterminée, acharnée, de symbolisation d’elles-mêmes. Lacan appelait « symbole pur[2] » le + et le – : à défaut de signifiants pour faire sens, les filles bordent l’angoisse et la jouissance par du plus, du moins, du chiffre : l’âge, les notes, le classement des garçons par ordre de beauté, le bac… Sébastien Lifshitz met en image l’adolescence comme un temps de réel où les mots – don nécessairement défaillant tant attendu de l’Autre, en particulier parental – manquent, ou embarquent (« tu me saoules ! »). Le film révèle de manière saisissante la dimension nécessaire du langage, pour que chacun.e puisse (re)prendre place dans la chaîne signifiante, dans le monde. Une place désignée par un désir singulier, étrange( r ), et non plus assignée par le désir d’un autre.

Anne-Claire Lucas


[1] sorti en salle le 9 septembre 2020. Et puis il faudra voir ou revoir, aussi, l’indispensable BOYHOOD, de Richard Linklater. À l’inverse, il s’agit d’une fiction filmée comme un documentaire, suivant pendant une douzaine d’années un jeune garçon qui devient un homme. Les enjeux subjectifs y sont bien de même nature…

[2] Jacques LACAN, Le séminaire, Livre IV, « La relation d’objet », coll. Champ freudien, Seuil, Paris 1994, p. 131

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Monstres et Cie

Cet été, et jusqu’au 13 septembre 2020, le musée d’Orsay nous propose un voyage « Au pays des monstres » pour découvrir les différentes sculptures et dessins créés par Léopold Chauveau (1870-1940).

Au fil de la visite et des rencontres avec ses créations, la vie de l’artiste se révèle. Ayant réalisé des études de médecine, puis exerçant comme chirurgien, sa passion pour l’univers fantastique, imaginaire et sa soif de création n’ont jamais cessé.

En naviguant entre tous ces monstres, il est surprenant d’observer combien certains des objets de la pulsion y prennent une place considérable. Et d’ailleurs, si on lève les yeux au ciel on constate que, pour décorer la pièce, des yeux pendent du plafond, presque en orbite, suspendus, droits sur nous.

A l’occasion, les adultes se prêtent à un jeu proposé aux enfants pendant la visite sur une tablette tactile, à savoir « dessine ton monstre ». Les monstres dessinés sont ensuite projetés sur l’un des murs de la salle d’exposition parmi les autres. Que de figures multiples et effrayantes où chaque monstre a son trait, sa particularité qui le définit comme tel. Une bouche ensanglantée, des yeux exorbités, un corps difforme, éclaté, modifié. Faire dessiner les dits adultes et entrevoir quelle serait leur figure du monstrueux.
C’est un jeu pour les enfants auxquels les adultes font mine de jouer car c’est bien connu, les petits seraient les seuls à avoir peur des monstres, ils demandent de regarder sous le lit, dans le placard, derrière l’armoire. Mais alors quand est-ce que ça s’arrête ? Où regarde t-on après ?
Au-dehors de la chambre ?

Les récits que l’on peut lire tout au long de notre promenade, content comment ce créateur voulait inventer des monstres imaginaires qui s’avéraient moins effrayants (voire sympathiques) que ceux du monde extérieur. Le visage, le corps révèlent-ils les monstres ? Qui sont les monstres ?
Médecin ayant aidé les blessés de la guerre 14-18, Léopold Chauveau s’engagera contre le fascisme dans cet entre deux guerres et s’éteindra en 1940 à la veille de la seconde guerre mondiale. Une époque qui mettra la lumière sur d’autres monstres, eux, bien réels.

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Faire le choix d’écrire dans ce qui se passe des formes

De cette lecture de l’ouvrage de Dominique Touchon Fingermann, « La (dé)formation du psychanalyste. Les conditions de l’acte », je fais le choix d’écrire, là, attrapé par du texte. « Quand on écrit, on peut toucher au réel, mais non pas au vrai1».

(Dé)formation présentée sur un trépied freudien : analyse didactique, étude de la théorie et contrôle, Dominique Touchon Fingermann creuse, inscrit là, où il y a de la déformation, sans cesse, et propose de se tenir au travail des effets de production, pas sans Ecole. L’expérience de la cure, l’irréductible restant, les preuves de la passe, se tenir responsable à « n’être enseigné qu’à la mesure de son inconscient2 » (p. 60), trouver lieu et adresse à cette responsabilité et au travail de l’« aberration » (p.80) à se faire semblant d’objet, agent de l’acte… l’auteur convoque au tranchant du réel.

Dominique Touchon Fingermann propose par sa (dé)formation ce qu’il en est du franchissement « du savoir de l’inconscient « au lieu » de la vérité » (p.54) et de ses conséquences. Un « choisir la voie par où prendre la vérité3 », là où de la position de l’inconscient s’opère, « parvenir à faire taire le maître, le professeur, l’hystérique » (p.182). « L’intranquilité » (p.154) confortée d’une lecture, de cette lecture, au plus près de quelque chose, pousse à passe. Les conditions de l’acte sont ainsi entrevues, seuls les effets d’après-coupe en feront sa qualité.

La formation du psychanalyste, l’analyse des analystes, la passe, la psychanalyse et son enseignement, le contrôle et le choix de l’école, l’auteur parcourt du trajet.  A leurre du savoir établi et de ses comités, ce livre est là où la psychanalyse réveille, pas sans se tenir responsable de sa jouissance donc. Face à la paresse du savoir établi, proposition est faite au travail de l’inconscient et de ses effets, une lecture donc qui peut prêter à faire sonner ce qui relève de sa cloche.

Angers, octobre 2019

1 J. Lacan, Le Séminaire, Livre XXIII, Le sinthome, Paris, Seuil, 2005, p. 80.

2 J. Lacan, « Allocution sur l’enseignement », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 299.

3 J. Lacan, Le Séminaire, Livre XXIII, Le sinthome, Paris, Seuil, 2005, p. 15.

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Les noeuds de la parole

Marc Strauss.

Avec les contributions de Vanessa Brassier et Ève Cornet

La parole : des nœuds qui tressent, coincent, étranglent les corps, imaginairement, symboliquement ou réellement, n’étant pas exclu de surcroît qu’ils se transforment les uns les autres. La parole présuppose bien sûr le pacte, mais la violence que charrient les mots demeure, et sera à préciser. Ce que nous appelons les structures cliniques sont autant de façons pour les parlêtres d’y répondre, jusque dans leurs actes conscients, manqués ou imposés. Desserrer ces nœuds est l’enjeu de la parole aussi, quand elle s’inscrit dans le discours psychanalytique.  
En savoir plus…
Collection Études. 128 pages. ISBN 978-2-491126-12-4.  15 €
Disponible en librairie sur place au siège social, EPFCL-France 118 rue d’Assas 75006 Paris. Règlement par chèque (15€) à l’ordre de ENCL
Par correspondance auprès de la gérance, 12 Avenue de Lowendal 75007 Paris. Chèque à l’ordre de ENCL (15 + 6€ frais de port pour la France, 13,50€ pour l’étranger)
Sur le site
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« La névrose infantile » Un trauma bénéfique.

Martine Menès

Freud emploie le terme de « névrose infantile » pour désigner la période du Complexe d’Œdipe.
Lacan, lui, interroge très tôt l’usage de ce mythe et son interprétation. Il s’agit dans cet ouvrage ici réédité et discrètement augmenté de revisiter la « névrose infantile » avec le fil lacanien, et d’aborder les modalités contemporaines par lesquelles l’enfant est introduit dans les règles élémentaires du lien social. 

Collection Cliniques. 186 pages. ISBN 978-2-491126-04-9 
PRIX 20€
 
Disponible en librairie
Sur place au siège social, EPFCL-France 118 rue d’Assas 75006 Paris.
Règlement par chèque (20€) à l’ordre de ENCL
Par correspondance auprès de la gérance, 12 Avenue de Lowendal 75007 Paris. Chèque à l’ordre de ENCL (20 + 6€ frais de port pour la France, 13,50€ pour l’étranger)
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Lacan et la honte. De la honte à l’hontologie.

David Bernard

Edition augmentée

La honte, remarquait Jacques Lacan, « on s’en est longtemps tu », car « ce n’est pas de cette chose dont on parle le plus aisément ». Le long silence de la psychanalyse à l’endroit de la honte suffit à le démontrer, à quoi semble s’opposer la multiplicité des travaux qui lui sont aujourd’hui consacrés. Ainsi, une question nouvelle surgit du lieu même de notre modernité : de quoi la honte nous fait-elle signe ? 
Jacques Lacan s’efforça d’y répondre, à l’occasion d’une leçon de son Séminaire L’envers de la psychanalyse, laquelle constitue la pointe de son apport sur la honte. Bien des thèses s’y bousculent, dont ce livre tente ici de vérifier la portée dans la pratique psychanalytique, autant que dans le lien social contemporain, plus particulièrement en s’attachant cette fois à en saisir les effets et les manifestations dans l’univers numérique. En savoir plus…

Collection …In Progress. 280 pages. ISBN 978-2-491126-05-6.  25 €
Disponible en librairie sur place au local de l’EPFCL-France 75006 Paris. Règlement par chèque (25€) à l’ordre de ENCL.
Par correspondance auprès de la gérance, 12 Avenue de Lowendal 75007 Paris. Chèque à l’ordre de ENCL (25 + 6€ frais de port pour la France, 13,50€ pour l’étranger)
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Le fétiche et la lettre

Numéro 32 – Revue semestrielle

Avec la participation de Nathalie BILLIOTTE-THIEBLEMONT, Laurence BOURGEON, Isaure BOUSSEYROUX, Michel BOUSSEYROUX, Didier CASTANET, Laurent COMBRES, Monique DESORMEAUX, Xavier DOUMEN, Leïla EL ALLALY, Anne FOURCADE-JOURDAIN, Claire GARSON, Anita IZCOVICH, Laszlo KRASZNAHORKAI, Marie-José LATOUR, Dominique MARIN Albert NGUYEN, Bernard NOMINE, Jacqueline PATOUET, Jacques ROUSSILLE, Marc STRAUSS, Axel TUFFERY, Véronique VIALADE MARIN

La lecture que fait Lacan du cas André Gide a renouvelé notre conception du fétiche dans la perversion, en l’articulant à la sublimation comme mise en équivalence de la lettre et du désir. Que nous apprend Madeleine Gide du trouage du fétiche comme gnomon de la vérité ?

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Et si on parlait d’art ?

du 27 avril 2019 – 3 novembre 2019 aux Musées des Beaux Arts de Rennes, avec Guillaume Kazerouni, commissaire de l’exposition & Vincent-Michaël Vallet, artiste invité, diplômé de l’École Européenne Supérieure d’Art de Bretagne (EESAB) en 2017.

Charles Le Brun, Descente de croix (vers 1679) et Vincent-Michaël Vallet, Amour et Bagarre dans souliers propres sur gazon coloré (2019), modèle numérique imprimé sur moquette.

Co-errance

À première vue, l’occupation de Vincent-Michaël Vallet génère un éparpillement d’objets ludiques et disparates, tirés d’un imaginaire toujours déjà enfantin et d’un rapport naïf au monde. Dans cette constellation, qu’y lire ? Errance, plus qu’égarement, là où l’erre désigne l’élan acquis qui pousse dans une direction ; lancée qui atteint à un sens. La co-errance consonne alors comme seul lot de savoir possible.

Contre toute attente, il y aurait de la cohérence dans l’errance. Est-ce à dire que toute errance est déterminée ? Encore faut-il accepter de se mettre à l'(h)auteur de l’enfant, et de la plus sérieuse des questions, « Pourquoi ?« . Auteur de vue. Pour autant, l’artiste ne joue pas à l’enfant. Cet enfant qui, dans sa liberté de production et son autorité, est artiste par excellence. Prélude. Consentir au déplacement qui conduit du lieu du sens commun et tranquille de l’adulte, celui qui croit savoir, vers la proposition de la dissidence. Co-errer avec, être disposé à se laisser glisser vers une forme d’éloge du balbutiement, de la potentialité de l’ébauche et de l’étonnement comme éthique de celui qui se met à l’heure de l’école de l’enfant.

Vincent-Michaël Vallet, avec cette nouvelle proposition, poursuit sa geste artistique en proposant un parcours dans les collections de peintures du musée des Beaux-Arts de Rennes. Retrouverait-on ici ce verbe enfantin, buissonner ? Buissonner, soit, comme l’indique Frédéric Emprou (Portrait de l’artiste en buissonnier, Revue 303, n°141, 2016, p.72), partir à l’aventure ou prendre un chemin de travers(e). Au cours de déplacements entre les salles, on y découvre peintures, sculptures, collages, compositions ; déambulations et rencontres qui proposent une autre lecture de ce qui fait l’habitus du musée…

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L’identité, choix ou destin ?

Luis Iscovich

Notre contexte de discours, en France mais aussi ailleurs dans le monde fait de l’identité un facteur essentiel dans les choix de société au point que les politiques s’en servent pour décider des options économiques. Derrière l’identité se cachent souvent des préjugés sociaux, allant parfois jusqu’à la ségrégation. La question dès lors se pose sur ce que recouvre véritablement ce terme.
L’identité est-elle donnée par la génétique, la tradition, le lieu de naissance, l’histoire, l’éducation ? Sommes-nous déjà complètement déterminés avant notre venue au monde ou existe-t-il un choix possible ? 


Ce livre, en prenant appui sur ce que l’expérience analytique nous enseigne concernant les questions d’identité qui traversent toutes les analyses, se propose de contribuer à ce débat. C’est un fait que la psychanalyse, en distinguant la place de l’identification de ce qui fait identité, permet de mieux cerner ce qui serait une identité d’appartenance à un groupe, à une communauté, à un pays, d’une identité qui serait ce que chez chacun à de plus propre, de plus authentique. C’est ce qui nécessite de cerner ce qui est commun à tous et ce qui fait différence.
Un parcours théorique se dessine. Il reprend les point d’aboutissement de la théorie freudienne pour ouvrir à des questions cruciales sur l’identité sexuelle – qu’est-ce qu’un homme, qu’est-ce qu’une femme – et plus largement pour reprendre la question de savoir, comme le proposait Freud, que l’anatomie c’est le destin. 
Ce livre porte donc sur la question du choix, de la responsabilité, de l’autorisation. Il apporte des éclaircissements, ouvre à des questions et apporte quelques réponses.

Luis Iscovich

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