Écrire

Écrire,

pour supporter le sujet qui se risque.

Écrire,

pierre posée sous le grand obélisque.

Mêlant l’impair au père,

l’écriture est distance,

symbolique, nécessaire,

à celui qui se pense.

Car l’écriture décolle de la plaie de la vie;

elle comble les rigoles, les panse jusqu’à la lie.

Absorbant les humeurs de celui qui se dit,

qui vomit à son heure ce qui noue et le lie.

L’écriture est vautour, se repaît de charogne,

et fait naître aux beaux jours les langes sous la cigogne.

L’écriture est silence, possible page blanche.

A l’aube de donner sens, les mots tiennent leur revanche.

Ils bercent dans leurs lettres le réel écorché,

ouvrent grand la fenêtre au poète nouveau-né.

L’écriture est le choix qui arrache à l’enfance

en imposant sa loi, ses manques et ses béances .

Écrire,

c’est accepter que ce qui nous façonne

c’est la perte, et le trait d’une voix qui dissone. 

Séverine Dodier Cossec