(05/06/2027)
Journée de clôture du CCPO

 

Programme à venir

 

Avec Dominique Touchon Fingermann, psychanalyste à Nîmes

En présence et par visio-conférence,

ouvert au public

Argument :

Le thème de notre année « comment parlent les corps » suppose d’emblée que le corps parle. Pour savoir comment, nous allons être amenés à traiter du corps et de la parole, parole que l’on a l’habitude d’attribuer au sujet. Et cela suppose d’interroger la relation qu’ils ont entre eux. Pendant des siècles, les philosophes ont exploré les rapports de l’âme et du corps, pour les séparer ; les religions également, privilégiant l’au-delà de l’âme, le corps étant marqué par sa finitude.
Dès la fin du XIX è siècle, face aux manifestations corporelles des dites « grandes hystériques » auxquelles aucune causalité organique ne peut être imputée, Freud perçoit un nouage du corps et de la psyché qu’il désigne du « saut mystérieux du psychique dans le corporels » (1).
« Si je trouve un être humain dans un état comportant tous les signes d’un affect douloureux, pleurs, cris, agitation, je suis tout disposé à conclure qu’il faut supposer chez cette personne l’existence d’un processus psychique dont la manifestation justifiée est constituée par ces phénomènes corporels (2) ».

C’est le concept de conversion pour rendre compte de la formation des symptômes dans l’hystérie par « la transformation d’un processus psychique en une expression symptomatique corporelle (3) ». Nous sommes là typiquement face à ce qu’on peut appeler la psychosomatique. Pour autant, il y aura lieu de s’intéresser à ce courant qui exclut la conversion hystérique de son champ, et interroger pour quelles raisons Lacan adjoint toujours le terme de « phénomène » à celui de « psychosomatique ».

Le corps parle : « phénomènes corporels », « symptômes », « événements de corps (4) », « phénomènes psychosomatiques » ; autant d’expressions qu’il nous s’agira de situer, cliniquement et dans l’enseignement de Lacan qui n’a cessé de mettre le corps à la question.

Le corps chez Lacan, c’est d’abord à l’appui de l’imaginaire, l’image unifiée avec le stade du miroir, non sans le symbolique avec le langage, mais aussi articulé au réel ; Lacan soulignant la prématurité du petit d’homme pour déplier la construction du corps chez le sujet. C’est la clinique de la pulsion qui s’ouvre alors pour aborder comment de l’organisme vivant, mortifié par le symbolique avec l’entrée dans le langage, le sujet surgit et se constitue un corps : Lacan parle de « corpsification (5) » pour dire l’incorporation du langage et son incidence sur la libido et la jouissance. Le corps « lacanien » est un nouage RSI, c’est-à-dire une articulation des trois registres auxquels l’être humain a affaire.

Le sujet « a un corps ». Cette expression de Lacan souligne que celui-ci se situe du côté de l’avoir et non de l’être. Un corps façonné par les guises du discours (6) , et que notre époque actuelle survalorise ; que ce soit par le surinvestissement de l’image du corps (la mode, les soins esthétiques et corporels, le sport qui modèle, les thérapies « bien-être »), que par une idéologie du corps-machine qui doit être en forme, performant, maîtrisé. Des impératifs qui vont bien au-delà de la socialisation attendue par l’éducation – la domestication de son corps, l’enfant devant apprendre à « contrôler ses pulsions ». Quelles incidences pour les sujets ? Pour les cliniciens que nous sommes, que ce soit en institution ou en libéral ?

« Comment parlent les corps ? » est une invite à traiter des manifestations du corps des sujets d’aujourd’hui, qu’ils soient névrosés ou psychotiques, à partir des enseignements de Freud et Lacan.

VÉRONIQUE MAUFAUGERAT

1 – SMADJA C., « Le concept de conversion », Revue Française de Psychanalyse, 2024-1, vol.88, p. 16
2 – FREUD S., « Charcot » (1893), Résultats, idées, problèmes, Tome 1, paris, PUF, p. 69
3 – SMADJA C., ibid.
4 – LACAN J., « Joyce le symptôme », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p.569.
5 – LACAN J.,« Conférence à Genève sur le symptôme », 1975.
6 – PAMART E., « Le corps façonné », Hétérité n°9, 2010

Carte non disponible
  • Date(s) : 05/06/2027
  • Horaires : Toute la journée
  • Lieu :
  • Tarif plein : 25 €
  • Tarif réduit : 15 €