La père-version

Article paru dans la revue PLI n° 8 (revue de psychanalyse de l’EPFCL-France pôle Ouest)

J’ai choisi de partir aujourd’hui de deux remarques, bien connues, faites par Freud dans ses lettres à Fliess, qui me semblent essentielles au thème que nous avons décidé de traiter cette année dans les collèges cliniques. Ces remarques anticipent de façon nette l’élaboration de Lacan sur le rapport du sujet à sa sexualité. Les deux remarques sont liées entre elles, cela concerne la causalité, soit ce qui cause une structure clinique mais plus fondamentalement, ce qui fonde l’essence du sujet.

La première indique un virement dans sa théorie sur l’origine de l’hystérie. Freud pose : « Je ne crois plus à ma neurotica »1. Le virage est relatif à la cause traumatique. Freud met en question sa propre conception selon laquelle, nécessairement, ce qui fait l’hystérie est l’acte traumatique d’un père pervers. Le virage concerne donc le passage d’une théorie du traumatisme basée sur la perversion paternelle, à une théorie du fantasme, soit à l’interprétation donnée par l’enfant au désir du père. Donc Freud restreint ce qu’il a d’abord généralisé, soit la perversion du père.

Dès lors, une question se pose pour l’hystérie, paradigme de la structure, mais elle est aussi valable pour les autres structures cliniques. Sont-elles juste le fait d’une interprétation du désir de l’Autre ? Ce qui distingue les différentes structures cliniques, névrose, perversion et psychose serait juste un usage propre du fantasme, soit spécifique à chacune d’entre elles ?

Bien sûr, on pourrait répondre que tout le développement freudien sur le rapport de l’enfant à la pulsion démontre que l’essence humaine ne se limite pas à une modalité d’interpréter le désir de l’Autre. Et on pourrait aussi considérer que l’enseignement de Lacan est orienté par cette question, à savoir comment se noue le désir, qui est toujours dans son essence relatif au désir de l’Autre, et la pulsion qui, elle, est une marque dans le corps de la demande de l’Autre.

C’est ce qui justifie ma deuxième citation de Freud qui se trouve dans la lettre numéro 46 à Fliess2, ce qui veut dire que cela intervient très tôt dans son œuvre, au moment même où il cherche à établir comment l’enchaînement des faits a pu se produire, forgeant comme résultat les différentes structures cliniques. Or l’essentiel reste pour lui que les scènes sexuelles infantiles sont traduites en symptôme par le fait du refoulement. Le symptôme est ainsi une expression dans une autre langue et cela explique pourquoi il requiert une interprétation, qui serait la restitution de la langue originale. Voilà donc la matrice de sa proposition.

En d’autres termes, ce que Freud pose là ce n’est pas autre chose que ce que nous disons quand, suite à Lacan, nous formulons que l’expérience analytique exige le déchiffrage de l’analyste ou aussi quand nous disons que l’analyse est une pratique de lecture. On traduit donc, au sens où on extrait l’effet du refoulement d’une langue qui était le matériel d’avant symptôme. Donc, jusque-là, on pourrait dire que tous les analystes s’accordent.

Maintenant, et c’est là le point crucial auquel je voudrais en venir, Freud évoque une autre dimension qu’il désigne comme l’excédent sexuel qui empêche la traduction. Cette formulation précède de presque 10 ans son élaboration sur la vie sexuelle infantile qui marque, comme vous le savez, à partir des  Trois essais sur la théorie sexuelle 3, une orientation centrée sur le devenir du rapport de l’enfant à la pulsion. Freud s’aperçoit très tôt qu’il y a ce qui relève de l’inconscient déterminé par le refoulement, puis ce qui y échappe : un excédent sexuel.

Donc, les deux remarques que j’évoque de Freud sont solidaires, elles posent la cause comme sexuelle et renversent la conception du trauma comme effet d’une volonté du père. Sans doute que la question de l’excédent sexuel amène Freud au concept de pulsion mais pour nous, lecteurs de Lacan, comment ne pas voir que le concept de plus-de-jouir introduit par Lacan est une reprise de cette notion d’excédent sexuel ? Car le plus-de- jouir indique ce qui du sexuel objecte à la prise par le langage mais qui néanmoins cherche à être capté.

Donc, le refoulement est certes ce qui opère la conversion d’une langue à une autre, il n’empêche, qu’un excédent, un plus du sexuel est à l’oeuvre pour chaque sujet.

Si on admet l’équivalence entre la notion d’excédent sexuel freudien et plus-de-jouir lacanien, on s’aperçoit que Freud et Lacan ont tenté de répondre à une même question : comment peut être intégré par le sujet ce qui par définition le dépasse ?

Et c’est la raison pour laquelle, je crois, que l’un et l’autre après s’être centrés sur les formations de l’inconscient ont abordé le rapport à la pulsion, notamment Lacan ; avec d’abord la notion de montage de la pulsion puis, dans la même perspective, la notion d’appareillage de la jouissance.

Ce qu’il y a de commun dans cette perspective, c’est que la pulsion comme la jouissance ne sont pas des termes qui désignent, de façon pure, la part du sujet dans la structure, complètement disjoints de ce qui vient de l’Autre. On serait tenté de faire cette opposition : d’un côté l’inconscient lié au discours de l’Autre, d’un autre côté la pulsion ou la jouissance comme déconnectées de l’Autre. Ce n’est pas du tout l’idée de Lacan. Quand il définit par exemple la pulsion comme liée à la demande de l’Autre puis comme écho dans le corps du dire de l’Autre, il démontre la nécessaire articulation entre le symbolique, comme effet de discours, et le réel, comme localisation de la jouissance dans une expérience de corps. De même, sans l’expérience du symbolique, le sujet n’aurait pas accès au constat d’une expérience de corps qui le dépasse. Il n’y a pas d’accès pour un sujet à la jouissance sans le rapport au langage.

Mais alors où est la perversion dans tout ça ? Eh bien c’est exactement par ce biais que Lacan reprend la définition de la perversion dans une perspective qui ne la réduit pas à un usage du fantasme. Ce qui est remarquable c’est qu’il reprend, pour définir la perversion dans le Séminaire D’un Autre à l’autre, la double perspective énoncée par Freud : l’excédent sexuel et ce qui se transmet d’une génération à une autre. D’une part il formule que quand le plus-de-jouir se dévoile sous une forme nue, ceci s’appelle la perversion4. D’autre part, il affirme : « à Sainte femme fils pervers ». L’articulation de Lacan est précise, la production de l’objet a, auquel il donne la valeur du plus-de-jouir est une conséquence du rapport au signifiant, et inversement, c’est du fait de la production de cet objet a que le rapport aux signifiants prend consistance. Les deux dimensions essentielles sont requises pour désigner la perversion à savoir l’usage du fantasme mais aussi le rapport à la jouissance.

Je voudrais aborder la question de la Sainte femme. Il m’a semblé intéressant de l’évoquer au moment où j’évoque la père-version, qui n’est pas un jeu de mots entre la perversion comme structure clinique et la perversion paternelle, mais indique surtout la solidarité entre le péché du père et le symptôme de l’enfant. Je développe ce point. Dans le Séminaire Le Sinthome5 Lacan est précis, car il pose la perversion, comme une structure où les registres Imaginaire, Symbolique et Réel sont distincts sans pour autant êtres noués par un quatrième qui serait le sinthome. La père-version ou version vers le père c’est se faire à son symptôme, pour compenser le péché du père. Le symptôme est donc nécessaire à la structure. C’est même pourquoi Lacan a pu désigner le nœud borroméen, comme père-version.

Par conséquent, la version vers le père serait la solution de la névrose, en quoi se distingue la perversion où cette issue paraît barrée. C’est ainsi que je comprends à « Sainte femme fils pervers ». Entre parenthèses, notons que Lacan ne parle pas de fille perverse et cela c’est une constante car il exclut la perversion féminine. Je laisse à part le statut à donner à l’homosexualité féminine.

Quant à la Sainte femme, ce serait quoi une Sainte femme ? Il y a un certain nombre d’indications qui convergent vers l’idée que la Sainte femme est celle qui ne s’oriente pas vers l’homme en tant que porteur du phallus. Je développe ce point en partant de la distinction précieuse faite par Lacan dans son texte des Écrits, « D’une question préliminaire à tout traitement de la psychose. »6sur les racines de l’identification dans les structures cliniques.

Ainsi, il introduit la question centrale qui est celle du désir dans la perversion par cette phrase : « Tout le problème des perversions consiste à concevoir comment l’enfant, dans sa relation à la mère, relation constituée dans l’analyse non pas par sa dépendance vitale, mais par sa dépendance de son amour, c’est-à-dire par le désir de son désir, s’identifie à l’objet imaginaire de ce désir en tant que la mère elle-même le symbolise dans le phallus.  » 7. Il condense alors ce problème comme étant la dépendance, dans ce cas, à l’amour de la mère par quoi le désir du sujet reste corrélé au désir de la mère. Mais alors on pourrait finalement objecter à Lacan : « mais finalement, en quoi cela spécifie la perversion puisque la dépendance à l’amour de la mère qui fait que le désir du sujet est désir lié au désir de la mère constitue le cas le plus courant de structuration d’un désir ? ».

Or, Lacan donne l’explication juste après indiquant que dans la perversion le sujet « s’identifie à l’objet imaginaire de ce désir en tant que la mère elle-même le symbolise dans le phallus »8. Ce qu’il convient de retenir ce n’est pas seulement que la mère introduit le sujet dans la quête phallique mais surtout que Lacan pose que c’est « elle-même » qui le symbolise. Ici la question du « elle-même » est cruciale.

Cette remarque est d’autant plus importante car Lacan revient sur ce point à propos de l’équation symbolique Girl = Phallus9, c’est-à-dire ce qui fait qu’une femme puisse incarner en elle le phallus qui manque. Lacan ne se sert pas de l’équation Girl = Phallus à propos de la perversion, mais à propos de la structure du désir. Qu’est-ce qu’il formule ? Il indique que « le désir de l’enfant trouve à s’identifier au manque-à-être de la mère auquel elle fut introduite par la loi symbolique où ce manque est constitué »10. Puis, plus loin, Lacan évoque une identification au désir de la mère qui, d’être ébranlée, déclenche la psychose.

Nous avons trois cas de modalités d’identification bien distinctes. D’un côté, la psychose où l’identification n’est pas corrélée à la dimension phallique. L’identification reste dans le registre imaginaire, c’est ce pour quoi d’être ébranlée induit le déclenchement. De l’autre côté, la perversion et la névrose qui ont en commun le fait que l’identification se connecte à la dimension phallique. Ceci est solidaire de la conception freudienne, où la psychose est en-deçà de la castration et la névrose et la perversion supposées l’au-delà, soit la marque de la castration. Mais on déduit, et c’est bien précis dans la citation précédente de Lacan, qu’il y a une ligne de démarcation très nette entre la perversion et la névrose, à savoir que ce qui préside à la névrose est le manque-à-être de la mère auquel elle fut introduite du fait de son rapport, à elle, au symbolique, alors que dans la perversion la mère introduit elle-même la dialectique phallique. Qu’elle, la mère, dans la névrose, ait été introduite, indique bien qu’il s’agit d’une castration pour la mère, marque qui lui vient de l’Autre.

Dans la perversion la mère cache la castration de manière à éviter de placer le phallus ailleurs que chez « elle-même ». 

La ligne de démarcation nette entre la névrose et la perversion est le manque-à-être de la mère, spécifique de la névrose et relatif au fait qu’elle a été confrontée à la castration, la conséquence étant qu’elle puisse faire de l’homme le porteur du phallus. C’est cette dimension qui est absente dans la perversion, c’est ce qui permet de définir la Sainte femme comme une femme qui fait de son enfant son phallus comblant ainsi le manque et pouvant donc se passer du désir pour un homme. Cela ne fait pas de la Sainte femme une femme psychotique. Elle a vu, elle sait qu’elle est châtrée mais elle a trouvé chez l’enfant ce qui peut combler son manque. Notons d’ailleurs que Lacan ne dit pas sainte mère mais bien Sainte femme. La Sainte femme ne doit pas être confondue avec la femme phallique dont Lacan donne les coordonnées dans le Séminaire sur L’Angoisse. Qu’est-ce une femme phallique ? Il la définit comme la mère qui laisse tomber l’enfant le plus précieux, autrement dit, celle qui peut se passer de l’enfant qu’elle a pourtant constitué comme son phallus. Ce qui veut dire que cet enfant qui saturait son désir n’est plus en position de phallus, n’est plus l’objet précieux. Le phallus est ailleurs. Cela donne l’idée que la femme phallique a un rapport à la castration alors que la Sainte femme ; qui ne conçoit le phallus que du côté de l’enfant, a procédé à un comblement sans faille de son manque.

De même, il conviendrait de distinguer ce que Lacan évoque comme le fétichisme du côté de la femme. Cela peut concerner un enfant. Qu’un enfant soit à la place du fétiche pour une femme se traduit assez souvent cliniquement par la perte de désir sexuel à l’égard de l’homme.

Néanmoins, on constate également que cela ne sature pas le désir d’une femme car après un certain temps l’insatisfaction s’installe, indice que l’enfant fétiche n’est pas tout pour elle.

Ce qui devient essentiel c’est donc le manque-à-être du côté de la mère. C’est pourquoi, comme je l’ai déjà dit, Lacan a évoqué le manque-à-être auquel la mère fut introduite par la loi symbolique. C’est un pivot fondamental de l’enseignement de Lacan et un renversement par rapport à Freud. Cela concerne l’efficacité de la fonction paternelle quant à introduire un sujet dans les lois du symbolique. Pour Freud c’est patent, la promotion de la loi dépend de l’action directe du père sur le fils. Il forgea ainsi la figure d’un père interdicteur, qui gêne, qui fait limite à la jouissance de l’enfant. Le renversement de Lacan sur ce point a consisté à montrer que l’efficacité paternelle est à la mesure de la barre, soit de la division produite du côté de la mère de l’enfant.

Pour Freud, l’accès au désir pour un enfant dépend de la loi exercée par le père. Pour Lacan cela dépend de l’action du père qui creuse la castration maternelle, soit le A barré.

Ce développement permet de saisir une perspective essentielle dans la position perverse qui va se vouer à combler le manque de l’Autre, donc à faire exister La femme, la Sainte femme.

C’est également un changement de perspective chez Lacan qui pendant longtemps avait maintenu la perspective freudienne consistant à poser comme paradigme de la perversion le fétichisme.

Qu’est-ce qui change ? Le fétichiste se met à l’abri par la médiation d’un objet qui évite la rencontre de la castration. Or, ce qui va devenir essentiel pour Lacan est que le pervers se voue à combler l’Autre, faire exister un Autre d’exception, un Autre non châtré.

C’est pourquoi Lacan va donner cette définition de la perversion qui inclut la dimension de l’Autre femme quand il formule que pour le pervers il faut qu’il y en ait au-moins-une qui ne soit pas châtrée. Encore une distinction avec la psychose et la névrose. Dans la psychose, le pousse-à-la femme indique la pente à incarner La femme. Dans la névrose, on fait exister La femme par la croyance qu’il en existe au-moins-une pas comme les autres. Dans la perversion, le sujet se voue lui-même à combler, à masquer la castration d’Une femme la faisant par là toute. Par conséquent, et c’est important à souligner, Lacan ne trouve pas la spécificité de la perversion du côté des pratiques sexuelles. C’est d’ailleurs ce que beaucoup de cliniciens ratent, surtout dans leur repérage de la perversion par rapport à la psychose.

Il suffit d’un exemple extrait de Lacan, encore dans « D’une question préliminaire à tout traitement de la psychose » quand évoquant les pratiques transsexuelles de Schreber, il formule qu’elle ne sont pas indignes des pratiques perverses. Le diagnostic de perversion n’est pas une question de comportement sexuel. Il faut saisir là encore un écart par rapport à Freud chez qui on peut lire une pente à considérer comme perverse une fixation à une conduite sexuelle qui ne soit pas la génitalité hétérosexuelle.

Or, il est vrai que Freud en posant la pulsion toujours comme partielle, qui part donc d’une partie du corps et se satisfait d’une partie du corps de l’Autre, pose l’essence de la sexualité humaine comme marquée par la quête de satisfaction de zones érogènes contingentes, c’est-à-dire des zones de bord, mais liées aux rencontres de corps lors de l’enfance. Quant on parle des rencontres de corps, on est en train de parler des expériences infantiles qui vont guider l’orientation de jouissance singulière d’un sujet. Or, qui dit expérience, dit que ce n’est pas inscrit dans le programme naturel.

Disons donc qu’il existe dans Freud ces deux dimensions. D’une part, l’idée d’une sexualité normale, guidée par la nature, soit l’appartenance à un sexe ; et l’Oedipe est posé comme ce qui vient en complément de ce programme biologique. Il est logique dans cette perspective qu’il situe la perversion comme un point de fixation marqué par une satisfaction exclusive et non hétérosexuelle. D’autre part, on peut aussi saisir une autre ligne de développement, à savoir l’idée que ce qui fait un sujet, c’est l’expérience, soit le trauma infantile. Alors il se dégage chez Freud l’idée d’une sexualité nécessairement perverse car jamais le sujet ne parvient à rassembler en une unité l’ensemble des composantes. Autrement dit, la pulsion même après l’analyse reste partielle.

Au fond donc, quand Lacan pose dans le Séminaire Encore, « la perversion polymorphe du mâle »,11 il prolonge Freud sur la dimension de la sexualité humaine comme essentiellement perverse, et fait un tour supplémentaire sur la perversion en tant que structure clinique. La thèse de Lacan est précise : la sexualité est perverse, mais aussi il existe une structure clinique précise, la perversion.

Je reprends donc la perversion clinique et viendrai après à la sexualité perverse généralisée car il y a des précisions à apporter sur ce point.

Lacan se sert de cette structure pour donner un certain nombre d’indications concernant la position perverse notamment par rapport au désir, l’amour et la jouissance et cela d’une part dans le lien du sujet à son partenaire mais surtout dans le lien au grand Autre. D’autre part, et concernant l’expression populaire à « Sainte femme fils pervers », Lacan s’en sert pour indiquer que l’essence de la position perverse tient au lien du sujet avec l’Autre et notamment à La femme.

C’est ainsi qu’on s’aperçoit que bien avant le Séminaire Encore où Lacan pose la corrélation entre la jouissance féminine et l’ex-sistence de Dieu, Lacan avance sur cette question à propos de la perversion. La formule exacte dans le Séminaire Encore est : « Pourquoi ne pas interpréter une face de l’Autre, la face Dieu, comme supportée par la jouissance féminine ? ».12

Je dis Lacan avance car il y a des indication systématiques sur le lien du pervers, la jouissance féminine et Dieu. Ainsi dans le Séminaire D’un Autre à l’autre, il caractérise le pervers comme celui qui se consacre à boucher ce trou dans l’Autre13. Mais attention ce n’est pas le rien savoir du manque dans l’Autre, ce n’est pas non-plus reculer devant la castration de l’Autre. Cette dimension est bien perceptible dans l’usage névrotique du fantasme qui se met au service de faire exister l’Un qui ne manque pas dont l’exemple majeur est l’amour de l’hystérique pour le père.

Dans la perversion c’est d’autre chose dont il s’agit, et là-dessus Lacan est explicite quand il formule que le pervers est un défenseur de la foi et dans la même perspective il a pu formuler que le pervers est un singulier auxiliaire de Dieu. En quoi est-il l’auxiliaire de Dieu et même serviteur fidèle ?

Toute une série d’exemples extraits de la littérature de Sade illustrent cette dimension où on constate la mise en acte du fantasme, soit le franchissement de la limite mais aussi un scénario où il ne suffit pas d’avoir trouvé le partenaire permettant l’acte pervers, mais encore il faut cette condition que cela s’accomplisse sous le regard de Dieu.

Ce qui explique que souvent, chez Sade, une Église peut donner le contexte idéal à la réalisation du fantasme. C’est d’ailleurs ce que le mathème de la perversion écrit par Lacan déjà dans Kant avec Sade met en évidence l’existence d’une volonté de jouissance qui n’est pas déterminée par le sujet mais par l’objet. Le sujet se fait objet pour assurer la jouissance de l’Autre divin. C’est en cela qu’il se fait l’auxiliaire de l’Autre.

Il convient de remarquer que chercher la jouissance de l’Autre n’est pas sans rapport avec l’angoisse. C’est ce que met particulièrement en évidence la position du masochiste, qui n’est pas caractérisée par la quête de douleur mais par la production de l’angoisse de l’Autre et même Lacan est explicite : ce que le masochiste vise c’est l’angoisse de Dieu.

Donc, là où le névrosé répond au manque de l’Autre, à ce qui n’existe pas, par son manque c’est-à-dire en prenant en charge le manque, le pervers est celui qui restitue l’objet a, le plus-de-jouir à l’Autre, en complétant l’Autre. Il le restitue d’où cet objet est parti, c’est-à-dire que le pervers fait en sorte que cela revienne à l’Autre et ainsi l’Autre devient comblé. C’est une thèse constante chez Lacan, le pervers ne pâtit pas du manque-à-être car il prend en charge la jouissance. Il se voue à compléter la jouissance de l’Autre.

En ce sens il est un serviteur. Le pervers ne commande pas contrairement à ce que l’on dit, il manipule. Il est commandé par la nécessité d’offrir la jouissance à l’Autre.

Ces distinctions entre névrose et perversion sont solidaires de la distinction entre l’une et l’autre à partir du fantasme, comme Lacan le propose dans « Subversion du sujet et dialectique du désir », où il oppose le pervers comme celui qui « s’imagine être l’Autre pour assurer sa jouissance »14 et le névrosé qui s’imagine être un pervers pour s’assurer de l’Autre.

Il s’agit donc de deux stratégies du fantasme à l’égard de la jouissance de l’Autre. Pour le névrosé il s’agit d’ériger une défense car il suppute que l’Autre veut sa castration. Pour le pervers il s’agit d’assurer la consistance mais aussi la permanence de la jouissance de l’Autre.

J’ouvre une parenthèse. On dit souvent que les sujets pervers sont réticents à rencontrer un analyste. On dit aussi que quand ils décident d’en rencontrer un, l’analyste est mis à la place du sujet divisé. Disons que c’est juste en règle générale mais pas suffisant comme explication car c’est un fait qu’il y a des pervers en analyse.

Les raisons de la non-affinité des pervers avec le dispositif analytique tiennent à la concurrence entre ces sujets et l’analyste quant à occuper la place de l’objet a, qui comme tout le monde sait, est la condition du discours analytique. Donc, un sujet qui est lui-même en position d’objet n’est pas prêt à le céder à l’analyste et cela fait de lui un sujet pas prêt à supposer le savoir à l’Autre.

Il est certain qu’il existe une objection de la part du pervers à l’égard de celui qui tente de se faire, c’est la nécessité du discours analytique, semblant d’objet pour l’autre, c’est-à-dire l’analyste.

Car disons que ce qui fonde la supposition de savoir est l’écart entre le savoir dont on dispose et la satisfaction qu’on obtient. Au niveau de cet écart peut surgir une question, et la supposition de savoir est relative à la faillite produite par l’écart. Or, pour le pervers c’est une dimension assurée disons structurellement. Il sait quelle est la jouissance qu’il lui faut et en plus il sait comment l’obtenir.

Cela rend la tâche compliquée pour l’analyse. Néanmoins, même si c’est juste comme orientation, cela ne correspond pas toujours à l’expérience et c’est ce qui explique que certains pervers soient en analyse et ils y restent le temps … d’une analyse.

Alors il faut rendre raison de ces cas. J’ai évoqué la nécessité pour le pervers d’assurer la permanence de la jouissance de l’Autre et pour cela il se fait le garant de l’Autre, pas par la croyance, ce qui est le cas du névrosé, mais, comme j’ai dit, par la présentification de l’objet. Ce que le pervers instaure c’est une dimension pure qui se retrouve sous la forme de trait, au sens de phénomène à l’intérieur des autres structures cliniques, c’est-à-dire d’une façon moins pure. C’est le cas du masochisme qui, en tant que phénomène, est généralisé.

Une distinction s’impose ici entre masochisme et sadisme. Ce qu’il convient de remarquer c’est que Lacan à l’occasion n’a pas récusé la notion freudienne de masochisme moral qui a été une façon pour Freud de généraliser le phénomène. Comment expliquer que le masochisme soit généralisé et pas le sadisme ? Je me l’explique justement par la distinction faite par Lacan à savoir que le sadisme rate dans sa tentative de faire jouir l’Autre, alors que le masochisme réussit. Comment réussit-il ? En donnant la voix à l’Autre, il réinstaure l’objet voix du côté de l’Autre et ainsi il s’assujettit.

C’est pourquoi d’ailleurs il est si difficile, même dans l’analyse d’un névrosé, d’amener quelqu’un à assumer une parole propre. C’est plus sûr comme modalité de jouissance de remettre à l’Autre la fonction de la voix que de la prendre en charge. Disons donc que le masochisme est dans les perversions la plus réussie. En même temps, cela nous donne l’idée que la perversion, comme dans toute structure clinique, est une réponse mais en même temps une question. Car il y a bien une interrogation dans la perversion. Elle ne porte pas sur le propre manque-à-être, celui du sujet, mais sur le manque de l’Autre. Bien sûr, la question n’émerge pas toujours car, je répète, dans la perversion le sujet s’offre comme pour combler le manque par la jouissance. Néanmoins il peut y avoir des moments de faille. Le moyen mis en place par le sujet pervers pour parvenir à stabiliser l’Autre est la répétition d’un acte, identique, toujours le même, évitant ainsi la possibilité de la rencontre avec une surprise car la surprise a toujours un effet de rencontre avec la castration. C’est justement ce que l’acte pervers cherche à éviter en même que cela démontre la vraie difficulté du pervers, celle de se faire sujet désirant.

Sauf qu’il y a des défaillances. Soit parce que l’acte peut défaillir, soit parce qu’un Autre peut intervenir entre le sujet et son partenaire. Par exemple, quand l’Autre de la loi s’en mêle c’est le pervers qui passe d’être objet à être sujet divisé. Le point est de savoir à quelles conditions est-ce suffisant pour constituer un sujet supposé savoir. A quelles conditions peut-il formuler une question et l’adresser à un autre en place d’analyste et surtout cerner, s’il s’adresse à un analyste ? Quels sont les points de franchissement dans l’expérience de jouissance et quelles sont les limites qu’il se forge ? C’est une question clinique fondamentale, les franchissements et les limites.

Il est donc certain qu’un sujet pervers vient à l’analyse quand il est confronté à sa division et comme pour le névrosé, ce qui fait souvent la division, c’est la rencontre avec l’affect d’angoisse.

J’ai choisi d’évoquer un exemple clinique, pas parce qu’il démontre l’exception mais au contraire, il constitue le paradigme permettant de cerner les coordonnées de l’entrée en analyse dans la perversion.

Il s’agit d’un homme qui sait un certain nombre de choses qu’il n’est pas disposé à mettre en question. Il sait qu’il aime les hommes, il sait aussi qu’il jouit avec eux et n’a aucune inhibition au passage à l’acte sexuel. Un regard croisé dans le métro peut lui suffire pour le faire rentrer dans le scénario de son fantasme. Il sait aussi que l’accès à la jouissance exige des coordonnées bien précises, à savoir que lors de la rencontre sexuelle,il lui est nécessaire que le partenaire sexuel adopte une position lui permettant à un moment précis d’avoir un contact tactile et oral avec les pieds de l’autre. Donc, il se définit comme un fétichiste des pieds sachant aussi qu’il ne lui suffit pas de les regarder comme condition de jouissance.

Il sait aussi et avant même l’analyse que les scènes qui ont fixé ces conditions de jouissance ont été un jeu avec le père, avec un balancement particulièrement excitant où dans le mouvement, il a été amené à effleurer les pieds nus du père, scène qu’il a cherchée à répéter avec son oncle. Enfin,elle est devenue la scène qu’il est condamné à répéter, comme une sorte de mémorial auquel il faut toujours revenir. Rien de tout cela ne fait pourtant symptôme.

Vous me direz, mais alors qu’est-ce qui fait un tel sujet en analyse ? Justement, avoir un savoir sur la jouissance qu’il lui faut ne veut pas dire avoir réglé ce qui fait le nœud de sa jouissance avec le désir.

Dans ce cas, cela prend la forme suivante : la jouissance qu’il obtient avec un partenaire de passage diffère de la jouissance qu’il obtient avec son partenaire sexuel. Il ne s’agit pas pourtant de la division de l’obsessionnel entre la femme de l’amour d’un côté et la femme du désir de l’autre. C’est une division quand même, qu’il explique bien, mais qui ne le satisfait pas. En effet, avec les hommes, partenaires anonymes, si vraiment ils consentent à son scénario sexuel, c’est parce que eux-mêmes participent de cette jouissance, ce qui est une condition pour lui. Or, il trouve que c’est bien différent avec son compagnon habituel qui se prête à ce jeu, mais, j’emprunte les termes de mon analysant : « mon compagnon fait semblant parce qu’il m’aime ».

Donc on perçoit la complexité. Il ne lui suffit pas que le partenaire participe au scénario mais il lui faut percevoir quel rapport précis son partenaire a à la jouissance. Or, dans la mesure où il tient à sa modalité de jouissance mais aussi dans la mesure où il tient à son partenaire dans l’amour, sa question est comment régler sa vie de façon à tenir compte de sa jouissance, de l’amour qu’il éprouve, mais aussi du désir de l’Autre, incarné dans son cas par son partenaire.

Ce que ce cas démontre comme paradigmatique c’est que le savoir sur la jouissance ne règle pas la question du désir qui reste un problème particulièrement épineux dans la perversion.

Dernier point par rapport à ce cas qui résonne sur la question de la cause. Il décrit parfaitement comment sa famille s’est organisée entre, d’un côté une série, celle du père et son frère marquée par la faute du père, et de l’autre, la série maternelle dans laquelle il s’est inscrit car la voie du père lui paraissait barrée et par conséquent il n’a pas pu s’insérer par une identification.

Ceci me permet de venir à la formulation de la père-version, soit version vers le père, construite comme une opposition à celle de la Sainte femme. La question est évoquée par Lacan à deux moments dans son séminaire, une première fois dans le Séminaire RSI, une deuxième, et cette fois à plusieurs reprises, dans le Séminaire suivant Le sinthome.

Dans RSI, il introduit cette question au moment où il pose qu’une femme est un symptôme pour un homme. Être un symptôme n’est pas la même chose qu’être la cause du désir, ça implique une autre dimension, à savoir que la jouissance de l’homme soit concernée par son corps à elle. Se faire symptôme pour un homme implique donc nécessairement le corps d’une femme.

Lacan évoque dans ce contexte la perversion du père et il va très loin puisqu’il pose que c’est la condition du respect au père. Cette perversion paternelle en quoi consiste-t-elle ? Je le cite : « Peu importe qu’il [le père] ait des symptômes s’il ajoute celui de la perversion paternelle, c’est-à-dire que la cause en soit une femme qu’il se soit acquise pour lui faire des enfants et que, de ceux-ci qu’il le veuille ou pas prenne soin paternel »15. Je reviendrai sur ce qu’on peut entendre par soin paternel.

La perversion paternelle veut donc dire d’une part que le plus-de-jouir du père est localisé du côté de la femme qui cause son désir. Mais la formule donne aussi une indication sur ce qui serait l’opposé de la Saint femme. Une femme qu’il se soit acquise, c’est une femme qui consente à cette perversion, qui consente donc à la perversion polymorphe du mâle, qui consente à la jouissance perverse, c’est ce à quoi objecte la Sainte femme. Lacan ne fait pas de la normalité sexuelle du père une vertu, il pose même une perversion orientée chez le père, celle qui trouve à se localiser dans un objet a,placé sur le corps d’une femme à condition que la jouissance phallique soit aussi son affaire à elle.

Que la jouissance phallique soit aussi son affaire à elle veut dire que ce ne soit pas une question de semblant.

Cela donne toute la mesure de ce qui sépare la perversion polymorphe de la perversion comme structure. C’est explicite dans la définition de Lacan dans le Séminaire Encore16 à propos de la perversion polymorphe où il évoque l’acte d’amour. Il le pose pour le distinguer du désir. Soit : ce n’est pas pareil de désirer une femme et lui de faire l’amour. Vous me direz : « on n’avait pas besoin de Lacan pour le savoir ».

Et pourtant Lacan évoque que c’est le résultat de l’expérience analytique. De quoi s’agit-il ? Il s’agit des conditions de l’acte d’amour, soit de la rencontre nécessaire de la castration pour avoir une chance de jouir du corps de la femme. C’est cela donc la perversion polymorphe. Ce ne sont donc pas les fantasmes pervers qu’habitent tout sujet. Ce n’est donc pas faire d’une femme l’exception, soit l’une qui n’est pas châtrée, car cela relève de la perversion. Finalement, ce n’est pas suffisant de désirer une femme, car ça c’est l’usage du fantasme, et ce n’est pas suffisant de l’aimer pour évoquer la perversion polymorphe, malgré le fait que Lacan évoque la forme fétichiste de l’amour chez l’homme. Non, Lacan est précis, ce dont il s’agit c’est de l’acte d’amour. Il évoque à ce propos la perversion polymorphe du mâle. Attention, il ne dit pas que l’homme est un pervers polymorphe. Il dit, l’acte d’amour, c’est la perversion polymorphe du mâle. Il convient donc de saisir qu’un acte ce n’est pas une question. Il y a certes des actes qui interrogent la jouissance féminine. Ça, c’est la perversion avec une finalité d’assurer la permanence de cette jouissance. L’acte d’amour n’est pas interrogation de la jouissance féminine, c’est assumer la contingence des corps et les limites de la jouissance.

Pour récapituler, il me semble qu’il est ainsi avancé, dans le Séminaire Le Sinthome, quelles sont les coordonnées ouvrant à cette dimension essentielle introduite par Lacan, d’un au-delà de l’amour au père, puisque la question essentielle pour Lacan deviendra : ce que veut dire un père digne de respect. Le père digne de respect est celui qui fait d’une femme son symptôme. C’est cela qui ouvre la voie pour un sujet à la version vers le père et que finalement Lacan va désigner comme étant le père symptôme qu’il écrit aussi comme sinthome.

D’ailleurs, cette question du droit au respect est reprise justement dans ce dernier séminaire à propos du rapport à la loi et on s’aperçoit que Lacan pose une distinction fondamentale entre d’un côté la loi de l’amour qu’il réserve à la perversion, c’est la loi liée aux lois du monde réel, puis d’un autre côté la loi du père en tant que porteur de la castration, mais donnant accès au droit au phallus.

Et remarquez aussi que si Lacan peut montrer une proximité entre Joyce dégoûté de son propre corps et le masochisme, il exclut même de façon explicite la vraie perversion dans son cas, malgré dit-il, et c’est cela qui est énigmatique, je le cite : « s’être tellement intéressé à la père-version » en ajoutant « c’était peut-être pour autre chose »17.

Je ne développerai pas ce point mais ferai juste deux remarques.

La première remarque : il est certain que Joyce avait pour son père un rapport d’amour mais certainement pas de respect. C’est un point à explorer dans la clinique, soit au cas par cas, mais j’introduis l’hypothèse suivante : il existe une proximité entre le père dans la perversion et le père dans la psychose, dans les deux cas on perçoit mal dans le rapport du fils au père la dimension du droit au respect.

La deuxième remarque : il certain que la formule « c’était peut-être pour autre chose » renvoie au fait que Joyce ne fait pas de la question du père un symptôme, plutôt il forge un système théorique celui de l’auto-engendrement par lequel, confronté à la carence paternelle, le sujet envisage de devenir son propre père. Autrement dit, il ne constitue pas un symptôme à partir du péché du père, mais il valorise son nom éjectant le père. Il suffit de lire ses lettres pour saisir à quel point, comme Lacan le dit, Joyce est tellement intéressé par la père-version. La référence au père est constante mais pour montrer la démission complète de celui-ci à l’égard du désir.

Je conclus sur la dimension du soin paternel à propos d’une vignette clinique. Un sujet peut raconter ce qui a été une des scènes capitales de son enfance. Il s’agit d’un homme qui savait depuis très tôt dans son enfance que son orientation était vers l’homosexualité. Les premiers émois avec d’autres garçons et l’amour suscité au contact de ceux-ci étaient pour lui déterminants pour l’avenir.

C’est alors qu’intervient une scène dans un bar fréquenté par des militaires où son père, militaire lui-même, se rendait régulièrement. Dans la scène se trouve son père, sa mère et lui-même.

Sa mère alcoolisée, en éclatant de rire, le pousse à danser avec une jeune fille habillée comme une prostituée. Lui est tétanisé face aux injonctions de sa mère qui l’encourage à embrasser la fille.

Alors, il se retourne et regarde son père et constate que la seule chose qu’il fait c’est de rire. C’est un rire du père qui se joint au commandement maternel. C’est un moment d’horreur.

Voilà un contre-exemple de ce que serait le soin paternel. Le soin ça aurait été d’extraire l’enfant de la jouissance de la mère. Ce qui fera l’enjeu de toute l’analyse. Car en effet ce sujet reste en proie à la jouissance maternelle et se voue à la satisfaire comme le démontre le fait qu’encore plus de vingt ans après cette scène, il retourne voir sa mère pour passer des après-midi enfermé avec elle à regarder des films l’un à côté de l’autre, scène ponctuée par la compulsion de se retirer dans une chambre pour aller se masturber.

Ceci démontre comme dans l’exemple précédent, qu’on constate dans les cas de vrai pervers une version vers le père, et en même temps on aperçoit l’émergence d’une plainte, une route qui a été barrée. La vraie perversion serait donc la route barrée vers le père ce qui diffère de la forclusion du Nom-du-Père. J’espère que ces questions plutôt que barrer, ouvrent la voie à explorer notre actualité clinique.

FREUD S., La naissance de la psychanalyse, Paris, PUF, 1973, p.90.
Ibid., p.145.
FREUD S., “Trois essais sur la théorie sexuelle”, La vie sexuelle, Paris, PUF, 1969.
LACAN J., Le Séminaire Livre XVI, D’un Autre à l’autre, non publié, séance du 13 novembre 1968.
LACAN J., Le Séminaire Livre XXIII, Le Sinthome, Publié chez L’A.L.I.
LACAN J., “D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose”, Ecrits, Paris, Seuil, 1966.
Ibid. p.554.
Ibid. p.565.
Ibidem.
10 Ibidem.
11 LACAN J., Le Séminaire Livre XX, Encore, Publié chez L’A.L.I., p.68.
12 Ibid, p.71.
13 LACAN J., Séminaire Livre XVI, D’un Autre à l’autreop. cit., séance du 26 mars 1969.
14 LACAN J., “Subversion du sujet et dialectique du désir”, Ecrits, op. cit., p.825.
15 LACAN J., Le Séminaire Livre XII, RSI, non publié, séance du 21 janvier 1975.
16 LACAN J., Le Séminaire Livre XX, Encore, op. cit., p.68.

17 LACAN J., Le Séminaire, livre XXIII, Le Sinthome, Publié chez L’A.L.I., séance du 13 avril 1976.

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