Faire une psychanalyse, pourquoi faire ?

Introduction

Quand j’ai donné ce titre il y a plusieurs mois, j’étais influencée par un travail en cartel sur le thème de l’acte psychanalytique. Dans le séminaire du même nom, Lacan insiste : c’est le sujet analysant qui a une tâche à accomplir dans l’analyse. Ce séminaire, contemporain de la proposition sur la passe, fait écho à cet égard sur le fait qu’une psychanalyse ne commence que par la grâce du psychanalysant. D’ailleurs, l’expression « faire » une psychanalyse n’est jamais employée pour parler de l’analyste mais bien de l’analysant ! Encore faut-il qu’il y ait un analyste qui se prête à soutenir cette tâche et il y est pour quelque chose. C’est parce qu’il y a une conjonction entre la tâche analysante et l’acte analytique qu’on peut parler d’analyse.

Le verbe « faire » quant à lui, s’il a de multiples significations, exprime toujours une action qui vise un but. Pour ce qu’il en est d’une psychanalyse, cette visée reste, je crois, toujours un peu floue même si elle tourne d’une façon ou d’une autre autour d’une guérison. En s’engageant, le sujet analysant va déployer de l’énergie, du temps, et de l’argent pour arriver à ses fins sans en connaître réellement les coordonnées, sans savoir que quelque chose le cause. Et même s’il le sait théoriquement, ce qui cause reste toujours inattendu. « Faire » suppose donc un trajet. En outre, la remarque d’un collègue en analyse, il y a quelques temps m’a interpelé.

Dans le droit fil de ces préalables, je voudrais vous faire partager quelques réflexions sur la cure, l’École et la passe. Et de façon plus précise, interroger la fin et les effets d’une psychanalyse. Oui, pourquoi faire, une psychanalyse ?

L’École

Je vais faire quelques rappels qui me semblent importants pour mon propos. C’est dans la tourmente que le freudien Jacques Lacan fonde le 21 juin 1964 son École. Nous sommes quelques mois après son exclusion de l’IPA. Lacan se voit retirer le titre de didacticien, il n’a donc plus le droit de former des psychanalystes. Avec son École, il cherche à la fois à rebondir, et à contrer les effets de groupe qui impactent la psychanalyse, la dévient selon lui de ses objectifs et figent les psychanalystes. Il veut retrouver le vif de la découverte freudienne, et reconsidérer la question de la formation et de la garantie, même si elle n’est pas toute. En effet, il faut entendre l’École ici au sens antique, c’est-à-dire comme « lieux de refuge, voire bases d’opérations » contre le malaise dans la civilisation, et plus directement contre le malaise de la psychanalyse. Elle est donc un lieu pour penser l’expérience et la psychanalyse. C’est une position qui est à l’instar de la cure. Si celle-ci met au travail l’analysant, l’École poursuit d’une certaine façon le même but, mettre aussi sur la sellette et au travail les psychanalystes et tous ceux qui sont intéressés pas la psychanalyse.

A la suite du pas décisif de 1964, Lacan écrit ensuite en 1967 sa « Proposition sur le psychanalyste de l’École ». Il recommande d’abord de reprendre son article de 1956 qui concerne la situation de la psychanalyse et la formation. Il écrit : « il faut l’entendre [la proposition] sur le fonds de la lecture, à faire ou à refaire, de mon article ». Pour ce qu’il en est de la formation, il soutient maintenant que « il y a un réel en jeu ». Il s’agit par conséquent de définir ce réel, dont on saisit qu’il est à puiser au plus près de l’expérience. Le dispositif de la passe s’inscrit justement aux confins de l’expérience, de la formation et de l’École.

En se demandant pourquoi quelqu’un veut être analyste, Lacan situe d’emblée la réponse autour du désir, d’un désir averti. Le désir de l’analyste émerge dès 1960 dans le séminaire L’éthique de la psychanalyse. Ce désir de … peut non seulement s’entendre comme le désir qui concerne l’analyste, mais aussi comme : c’est du psychanalyste qui désire. Ce qui interroge et le sujet et l’objet. Ce fil conducteur est, je crois, au cœur de la passe. Avec elle, Lacan nous invite à élaborer à plusieurs ce qui se produit dans chaque cure. Un savoir singulier pourrait bien servir la cause analytique. A la suite de Lacan, ce que nous tentons de saisir avec ce dispositif ce sont les effets d’une psychanalyse, pourquoi certains sujets font le choix d’en faire une, d’autres d’occuper la place de l’analyste, et de surcroît de s’offrir à la passe ? Qu’est-ce qui pousse quelqu’un à répondre à cette offre ?

Rappelons ici que la question de l’offre est au fondement de la cure, et ce depuis Freud : sans offre, il n’y aurait ni psychanalyse, ni procédure de la passe. Au fond, avec la passe en tant que dispositif, c’est l’analyse elle-même, et ses conséquences, que Lacan couvre avec ses deux points d’orgue : son début et sa fin.

Le début et la fin

A ce titre, je reviens sur ce qu’écrit Freud en 1913 : je le cite : « Celui qui tente d’apprendre dans les livres le noble jeu des échecs ne tarde pas à découvrir que seules les manœuvres du début et de la fin permettent de donner de ce jeu une description schématique complète, tandis que son immense complexité, dès après le début de la partie, s’oppose à toute description[1]. » Freud repère donc très tôt deux moments-clefs dans une psychanalyse. Ces deux temps font écho, pour moi, au battement de l’inconscient qui s’ouvre et se ferme. Il est bien question d’ouverture dans une psychanalyse, avec la mise en route du transfert à l’entrée, et d’une sorte de fermeture à la fin, qui clôt l’analyse, puisque l’analysant va sortir du dispositif analytique. En revanche, pour Freud, le cours de l’analyse s’oppose à toute description. Ce qui me semble cohérent avec la règle fondamentale de l’association libre, bien que celle-ci suive une logique contrariée par l’analyste.

En 1967, Lacan reprend la métaphore freudienne du jeu d’échec dans sa proposition. Je le cite : « Nos points de raccord, où ont à fonctionner nos organes de garantie[2], sont connus : c’est le début et la fin de l’analyse, comme aux échecs. Par chance, ce sont les plus exemplaires pour sa structure. Cette chance doit tenir de ce que nous appelons la rencontre. » Il faut souligner la place importante que Lacan laisse à la chance qui « doit tenir de […] la rencontre », c’est-à-dire de la contingence, que ce soit à l’entrée ou à la fin d’une l’analyse. Ce point est capital ; ce qui veut dire que la rencontre peut ne pas se faire. En outre, Lacan cherche là à formaliser ce que Freud avait entrouvert. Simultanément, Lacan écrit le mathème du transfert pour théoriser l’entrée en analyse, et cherche à déplier ce qui se joue à la fin de la partie, c’est-à-dire au moment du passage du psychanalysant au psychanalyste. Il identifie à cette époque ce passage comme la fin de la partie. Mais ce passage est-il la fin de l’analyse ?

Lacan, toujours dans la Proposition affirme que de pousser une psychanalyse, je le cite : « au point qui en figure la finitude », permettrait « l’après-coup qui est un effet de temps, qui lui est radical ». Lacan indique une possibilité de tournant dans la cure qui produirait l’après-coup. Ce tournant, je le comprends comme ce qui va causer la fin mais qui n’est pas la fin. D’ailleurs, dans les différents témoignages, les AE parlent toujours de ce virage et ensuite de ses effets. Je propose de penser ce passage, ce « au point » comme une ouverture qui produit un après-coup sans retour en arrière possible, contrairement à l’ouverture à l’entrée d’une analyse, qui met en route l’inconscient et qui fait parler.

Entre

Je me concentre maintenant sur ce virage ; c’est un moment de déstabilisation où le sujet n’y est pas. Et c’est à partir de ce hors sujet que Lacan situe le désir du psychanalyste. J’ai envie de dire que ce n’est plus le sujet qui désire. La question n’est plus qui désire, mais quoi désire chez le sujet ? Ça désire. « Faire » n’appelle-t-il pas toujours un complément d’objet ? Ainsi, entre le début et la fin de l’analyse, il y a cette passe qui rompt l’entre deux temps. Ce qui a pour conséquence une fin propre à chacun, et là, c’est la fin de l’analyse. Je suggère de la décrire, cette fin, comme une coupure en ricochet ou une coupure qui se redouble : il y a la coupure qui tombe sur le sujet sans qu’il s’y attende, et celle de la fin qui est l’effet de l’après coup de cette rencontre inédite. L’analysant, à plus ou moins long terme de ce point culminant se séparera de son analyste, et donc de son analyse. Enfin, plus exactement, il se séparera de son objet, puisque la présence de l’analyste, c’est la présence de l’objet de l’analysant. Soit la cause de son désir, ce qui l’a fait causer.

Du bouchon à la satisfaction de fin

Avançons encore un peu pour saisir ce qui peut se jouer dans la cure. Je reviens au jeu d’échec. Comme vous le savez c’est un jeu qui se termine toujours par une impossibilité. Le roi menacé ne trouve plus de solution. La partie s’arrête quand le roi se trouve devant une butée (une dame en l’occurrence). Prêt à être capturé, il ne lui reste plus qu’à se rendre. En réalité, la partie se termine sur un échec et mat. J’ai voulu savoir d’où venait cette expression. Et l’étymologie est parlante. Echec et mat viendrait de l’arabe et se traduirait par : le roi est mort. Or, l’expression pourrait aussi être issue du persan et signifier :  le roi est étonné. Ce qui a donné une troisième traduction : le roi est sans défense. Les trois variantes : le roi est mort, le roi est étonné, et le roi est sans défense ne sont pas sans résonner avec ce moment de passe. Oui, « échec et mat » pourrait bien être l’expression métaphorique voire réelle de ce virage. En effet, il ne reste plus à l’analysant, au sujet analysant qu’à prendre acte de ce qui se passe ; il sait que c’est ça « l’esp d’un laps ». Il ne peut pas aller plus loin. C’est de cette rencontre que se résoudra le transfert, et la chute du sujet supposé savoir qui conduira à la fin définitive de l’analyse. Faire une psychanalyse s’inscrit dans ce jeu à deux partenaires, qui séance après séance ne laissera sur l’échiquier qu’une pièce. Plus exactement deux pièces, le sujet face à cette pièce qui le concerne.

Pour encore mieux cerner ce qui survient, cerner cette pièce, je retiens ce que Lacan soutient en 1976, dans « La préface à l’édition anglaise du séminaire XI », je le cite : « Le manque du manque fait le réel, qui ne sort que là, bouchon. » Lacan nous donne une indication, en fait pas facile à attraper sur ce qui fait le réel. Je vais essayer d’en dire quelques mots. Le réel serait donc à chercher du côté du manque du manque (il utilisera déjà cette expression quand il définira l’affect d’angoisse en faisant référence à l’objet a. Mais Lacan, là, ne dit pas « objet petit a », mais « bouchon ». Je me suis demandée pourquoi ? Avec « bouchon » (il ne met pas non plus d’article), on a bien sûr l’idée d’un objet qui sert à boucher, ou qui flotte (je pense à la pêche), et qui a une consistance, contrairement à l’objet a. L’étymologie m’intéresse encore, car « bouchon » renvoie à la bouche et donc à un trou, et par extension à ce qui remplit la bouche et qui peut la boucher. Est-ce que la figure du réel, quand elle sort, bouchon, débouche pour faire trou, ouverture ? Serait-ce ce réel en jeu dont il s’agit dans la formation de l’analyste ? D’avoir expérimenté ce moment ?

C’est « que là », pour reprendre ces deux petits mots de Lacan, dans une cure orientée vers le réel, que l’analysant pourra avoir chance de rencontrer la butée de la structure. Ainsi, c’est à partir d’une expérience de parole réglée par l’association libre (laquelle va vers le sens), que peut sortir ce qui arrête le sens, le réel-bouchon. Ce serait la seule figure du réel que l’analysant pourrait fréquenter. Ce qui produirait un savoir inédit, imprévisible, et qui ferait arrêt puis fin. Je dirais un savoir qui fait trou dans un moment d’ex-sistence. Ce qui fait que l’analysant n’a plus envie d’en savoir plus. Car il a rencontré son éclat de réel, un trou, ce qui va paradoxalement le délivrer. « Faire une psychanalyse », serait-ce « se défaire » du manque du manque qui obstruait le sujet ? Ça f’rait sauter le bouchon !

Ce qui me conduit maintenant à la fin de l’analyse, laquelle, vous l’aurez compris, ne se confond pas avec la passe clinique. Celle-ci serait le début de la fin car il reste à conclure.

La passe va logiquement conduire à ce que Lacan appelait en 1967 la paix, et qu’il va situer en 1976 du côté de la satisfaction, c’est-à-dire du côté d’un affect. Lacan va même plus loin, il en fait la visée-même de la cure. Toujours dans la Préface, il affirme : « donner cette satisfaction étant l’urgence à quoi préside l’analyse ». Il définit donc clairement l’objectif d’une analyse. Il reprend ici ce qu’il avait déjà avancé dans le « compte rendu du séminaire XIX[3] », lorsqu’il soutenait que le but d’une analyse c’est que « le bien-dire satis-fasse ». Lacan l’écrit en deux mots, pour bien accentuer le satis en latin qui veut dire « suffisamment, autant qu’il faut, assez ! » Il s’agira donc pour l’analyste de peser la requête d’une urgence qu’il n’est pas sûr de satisfaire. Ce qui interroge sur les entretiens préliminaires et en fait un moment clef. Je vous ferai remarquer quand même que Lacan avait déjà affirmé dès 1960 dans le séminaire L’éthique de la psychanalyse, que la satisfaction était la seule promesse analytique permise.

La satisfaction de fin serait donc la dernière scansion de l’analyse, l’effet d’après-coup du virage. Elle s’éprouve à plus ou moins de distance de cette passe, qui est unique à chaque analyse. En revanche, je soutiens que la satisfaction éprouvée à la fin de l’analyse dure dans le temps, c’est-à-dire à l’usage, et ce malgré les épreuves de la vie. Elle est la trace ineffaçable d’une rencontre qui referme le chapitre d’une analyse, et ouvre pour certains l’engagement dans la psychanalyse. Je m’interroge sur ce terme de satisfaction, puisque celle-ci est articulée à la pulsion. Lacan, dans le séminaire XI, affirme qu’on peut l’atteindre sans atteindre son but[4]. S’agit-il de cela à la fin de l’analyse pour l’analysant, et de ce qui va perdurer dans le temps ? J’ai évoqué plus haut que faire une analyse conduirait à se défaire d’un poids. Pour que ça ait chance d’avoir lieu, l’analyste doit se trouver lui du côté d’un « se faire semblant d’objet ». Qu’est-ce que se faire semblant, se faire étant la forme pronominale qu’utilise Lacan pour parler de la pulsion ?

Faire la passe

Je vais maintenant aborder l’expérience qui passe au dispositif. Au regard de ce que j’ai déplié précédemment, comment pourrait-on témoigner au point vif de ce franchissement ? Il y a là, je crois une difficulté. Lacan souhaitait pourtant que les passants témoignent au plus près de ce point vif. Ce que disent les AE ne va pas vraiment dans ce sens ; ils se sont présentés à la passe après ce temps où ça s’est produit, voire après leur analyse, parfois plusieurs années après. Ce qui va, je crois, dans le sens de la passe comme « la mise à l’épreuve de l’hystorisation de l’analyse » ; la passe-dispositif suppose donc une autre temporalité. Ce qui est cohérent avec l’effet de l’acte. Témoigner, c’est hystoriser son analyse rétroactivement à la passe clinique, et ce, selon le temps de chacun. On pourrait ainsi définir le témoignage de passe comme une tentative de dire le fruit de l’acte. Et grâce à la procédure d’École, l’acte peut avoir chance d’être attrapé, si je peux le dire comme ça, et d’arriver jusqu’au cartel de la passe, et donc jusqu’à l’École. L’acte suivrait un trajet qui irait d’un dispositif à l’autre, c’est-à-dire de la cure à la passe, ce qui convoque la question de la formation, une formation originale.

Une question demeure pourtant. Pourquoi un sujet ayant expérimenté cette rencontre avec le plus intime et le plus étranger de son être demande-t-il la passe, pourquoi se propose-t-il à témoigner ? Est-ce qu’on peut parler d’urgence à dire, de nécessité de dire ? Est-ce un vouloir faire passer quelque chose de ce réel et de ses effets, témoigner de l’efficacité de cette expérience de parole ? Est-ce une façon de relire sa cure, d’en saisir les points cruciaux et de les transmettre ? Est-ce le transfert qui se déplace vers la psychanalyse, vers l’École ? C’est une réponse qui semble propre à chacun.

J’avancerai toutefois que le passant s’offre à la passe parce qu’il veut et peut dire quelque chose de son expérience et de son désir de reprendre le flambeau. Grâce à l’offre de l’Ecole, il s’offre, sans s’en rendre compte, comme « pâture » (pour reprendre un terme de Lacan) à l’École pour la psychanalyse. Lacan le dit : « on a besoin de lui pour la psychanalyse ». « Il s’offre [dira Lacan] à cet état d’objet qui est celui à quoi le destine la position de l’analyste[5] ». L’AE, l’analyste éphémère de l’École, incarne donc cet objet. On comprend que la passe ne vise pas le passage à un métier mais un virage d’être, qui touche le désir. Ainsi, témoigner, c’est dire quelque chose de ce changement d’être. Je ferai une remarque : la nomination d’un AE ne garantit en revanche pas l’analyste, mais une possibilité qu’il y en ait.

Conclusion

Pour conclure, malgré les tensions qui ont entouré la passe, je mesure son impact, qu’il y ait ou non nomination. Je soutiens qu’elle déborde le joint qui articule le sujet, la cure, l’École, et la formation des psychanalystes ; elle vise le lien social.

L’expérience d’une psychanalyse, c’est la rencontre d’un lien social inédit qui produit des effets, car toute psychanalyse en intention produit un gain de savoir. Si l’analyse est didactique, elle change quelque chose dans le rapport que le sujet entretient avec les autres ; elle traite donc du lien. C’est un fait : celle ou celui qui a fait une analyse se pose un peu différemment dans le monde. Ainsi, la cure est la racine d’une extension de l’expérience : extension entendue non seulement comme extension de la psychanalyse, notamment quand il en sort un analyste, mais aussi de façon plus large, extension de ses effets dans la cité. Si la cure vise le désir d’un sujet, son être, il est impossible qu’il n’y ait pas de conséquences sur ses liens sociaux et affectifs. Ça a un impact subjectif. Ce qui voudrait dire que le résultat d’une analyse pourrait se répercuter dans la cité. Si la cure déborde le privé, c’est parce qu’une psychanalyse s’inscrit dans un discours. L’analyse en intension et en extension sont donc intimement liées. Je crois que la proposition sur la passe est exemplaire de cette solidarité. N’est-elle pas déjà une possibilité offerte pour élaborer l’extension d’une psychanalyse ? La sortir de l’intime.

Il me semble que la procédure de la passe zoome sur la complexité de cette extension qui convoque le désir d’un sujet, son lien au monde, et ce qui ne fait pas lien. Au creux de ce désir, il y a une place pour l’inédit, voire du psychanalyste. Quoiqu’il en soit, la passe permet de témoigner en acte de ce qu’a produit la cure. Elle nous transmet les effets d’une expérience de parole à chaque fois singulière. Plus encore, elle montre les variétés de ce qu’un corps parlant peut bricoler avec ce qu’il a reçu.

Enfin, il peut y avoir des effets toujours actifs et incalculables de la rencontre qu’un analysant a eu avec son impensable, car « L’après-coup est un effet de temps, qui lui est radical. » Le sujet analysé ne sait donc pas ce que sa cure va continuer à produire dans le temps, dans sa vie. Comment va-t-il réagir aux événements ? J’interroge enfin les suites de l’analyse dans la cité. Faire une analyse n’engage-t-elle que le sujet qui fait une analyse ?

 

[1] Vous reconnaissez sans doute le début du chapitre IX de La technique psychanalytique sur « Le début du traitement ».
[2] AME : l’analyste membre de l’École, que l’Ecole reconnaît comme psychanalyste ayant fait ses preuves, et AE : analyste de l’École, dont on suppose qu’il peut témoigner des problèmes cruciaux de la psychanalyse.
[3] LACAN J., Le Séminaire Livre XIX, … ou pire, Paris, Seuil, 2011, p.243.
[4] LACAN J., Le Séminaire Livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1973, p.201.
[5] Cette indication de Lacan me semble très précieuse.

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