Money, money, money

Cette intervention a été prononcée dans le cadre du séminaire collectif de psychanalyse du pôle 9 Ouest, sur le thème « Toujours plus », année 2019-2020, Ecole de psychanalyse des Forums du champ lacanien.

 

Des psychanalystes ont pour habitude d’avancer, au nom de Lacan, que le discours capitaliste produirait une jouissance illimitée, via les gadgets qu’il déverse sur le marché. A relire Lacan sur la question, sa thèse apparaît pourtant fort différente. Parmi d’autres références possibles, prenons son texte Radiophonie. Le capitalisme y est défini comme « la production extensive, donc insatiable, du manque à jouir[1] ». On ne saurait être plus clair : le capitalisme ne produit pas une jouissance sans limite, mais du manque à jouir. D’autre part, cette production est extensive, au sens où elle ne cesse de se relancer et de s’étendre. Il s’en déduit que la volonté qui anime cette production n’est jamais rassasiée, qu’elle aspire à toujours plus. Toujours plus… de manque à jouir donc. Tel est précisément ce que Lacan avance à un autre endroit de ce texte : il y a chez l’être parlant une « soif de manque à jouir[2] », une jouissance du manque à jouir, vorace comme Packman.

La production capitaliste, paradoxe, se soutient donc moins de la réussite, que du ratage répété de l’objet de consommation, qui jamais ne comble. Le consommateur est moins le sujet qui jouit de ce qu’il a acheté, que celui qui jouit de manquer l’objet, et de fantasmer le prochain. Les as du marketing l’auront bien compris : l’objet de consommation idéal doit être immédiatement has been, obsolète. A cet égard, la cigarette est peut-être l’objet capitaliste type, où le consommateur trouve sa jouissance dans la consumation / consommation de l’objet.

De ce qui précède, il se déduit aussi une affinité structurale entre le discours capitaliste et la série. Voilà ce qui est véritablement sans limite : la répétition éternisée, en série, de la jouissance du manque à jouir. Nous somme addict moins à la consommation de l’iphone 9, qu’à l’excitation de se procurer bientôt l’iphone 10, pour jouir mieux. Les Shadoks en auront formulé le principe : « Plus ça rate, plus on a de chances que ça marche[3] ». Dans la répétition de ce ratage, un plus de jouir se consomme, auquel nous sommes accro. Pensons à cet instant du grattage d’un ticket de la Française des jeux, à la petite excitation qui se lira sur notre visage grimaçant au moment de commencer à gratter, muni de la seule somme qui, savons-nous pourtant, nous restera entre les mains : une pièce jaune. La jouissance du surmoi, sa démangeaison, est cette jouissance du grattage/ratage.

Je poursuis sur cette thématique de l’argent. Lacan aura inventé ce concept de plus de jouir, en se référant à ce que Marx aura isolé au principe de l’économie capitaliste : la plus-value. Pour saisir la logique de cette plus-value, voyons ce que le capitalisme fait de l’argent. Premièrement, la logique capitaliste, depuis sa naissance au XVI ème siècle, repose sur un mouvement circulaire. Il y a dans le jeu de l’achat et de la revente, une circulation. « La circulation des marchandises, écrit Marx, est le point de départ du capital[4] ». Lacan lui-même soulignait l’importance de ce mouvement circulaire dans le discours capitaliste : « ça marche comme sur des roulettes[5] ». Par ailleurs, poursuit le philosophe, le produit final de cette circulation des marchandises peut être isolé: l’argent. L’objet du capital est l’argent, redéfini dans le discours capitaliste comme la marchandise absolue.

Pourquoi cette redéfinition? Pour y répondre, Marx nous rappelle tout d’abord quel était l’usage premier de l’argent. L’argent servait au départ à acheter une marchandise, dont l’on avait besoin. La forme initiale de la circulation de la marchandise était conduite par la logique suivante. Je vends une marchandise, tel ou tel de mes produits, pour obtenir de l’argent, lequel me permettra d’acheter une autre marchandise, dont j’ai la nécessité. Si l’on désigne la marchandise par la lettre M, et l’argent par la lettre A, le trajet circulaire de ce commerce est : M – A – M. Le principe de ce mouvement, dit Marx, est de « vendre pour acheter[6] ».

Quelle bascule va opérer ici le capitalisme, et définir la plus-value ? Son principe est de considérer l’argent lui-même comme une marchandise. J’ai au départ de l’argent, avec lequel j’achète une marchandise, que je revendrai ensuite à un prix supérieur. Le trajet circulaire sera : A – M – A. Son principe: acheter pour vendre. « Le mouvement aboutit à l’échange d’argent contre argent A – A ». D’un bout à l’autre de ce trajet, il y a donc la même marchandise : l’argent. Quoique, la somme d’argent acquise à la fin, sera supérieure à la somme de départ. Tel est l’écart qui définit selon Marx ladite plus-value. « Cet excédent ou ce surcroît, écrit-il, je l’appelle plus-value (…). Non seulement donc la valeur avancée se conserve dans la circulation; mais elle y change encore sa grandeur, y ajoute un plus, se fait valoir davantage, et c’est ce mouvement qui la transforme en capital[7] ».

Marx peut alors souligner les différences entre ces deux logiques circulaires. Dans la première, l’argent n’était qu’un intermédiaire, un simple moyen pour acquérir une nouvelle marchandise. En cela, l’argent était véritablement dépensé, pour tel ou tel usage. Dans la seconde, « l’acheteur donne son argent pour le reprendre comme vendeur ». Il précise: « S’il le laisse partir, c’est seulement avec l’arrière-pensée perfide de le rattraper. Cet argent est donc simplement avancé[8] ». Autrement dit, alors que la première logique mettait véritablement en jeu une perte, une dépense, grâce à laquelle était possible le gain d’un nouvel objet, dans la seconde, cette dépense est justement évitée. Voilà qui ne peut que retenir l’attention des psychanalystes. L’économie capitaliste procède de façon originaire, structurale, d’un évitement de la perte, nous pourrions dire de la castration. Le capitalisme consiste donc bien en une économie. Le revendeur est celui qui voudra ne pas payer un certain prix, pour sa satisfaction. Ce qu’il met en jeu ne sera pas véritablement donné, mais seulement « avancé ».

Nous voici donc passés de la circulation de l’argent comme monnaie, à la circulation de l’argent comme capital. Dans cette nouvelle logique, quel est le gain? Dans la première, le gain consistait dans ce que Marx nommera une « valeur d’usage[9] ». Il s’agissait de pouvoir user d’une nouvelle marchandise, pour la satisfaction d’un besoin. Dans la seconde, ce qui sera avancé (et non dépensé) le sera dans l’espoir d’un autre gain : un plus d’argent. Ce mouvement circulaire a donc pour point de départ l’argent, mais y revient, après l’acquisition d’un simple plus.

De cette circularité, Marx déduit alors plusieurs remarques. Premièrement, quelque chose d’absurde définit cette logique. Elle produit en effet toujours du même, de l’argent, et se révèle ainsi « vide de sens », « tautologique[10] ». Il faudrait alors souligner dans la clinique les effets de cette dégradation du sens, et notamment dans la clinique du travail. A cet égard, Lacan rapporta une anecdote que je trouve très enseignante. Se souvenant de sa visite d’une usine Fiat, sous la conduite de son patron, Giovanni Agnelli, un ami à lui, il confie : « J’ai eu vivement ce sentiment, en effet, de voir des gens occupés à un travail sans que je sache absolument ce qu’ils faisaient. Moi, ça m’a fait honte. À vous, ça ne vous le fait pas, tant mieux. Mais enfin, j’ai été très gêné. J’étais justement avec le patron, Johnny, comme on l’appelle, comme je l’appelle. Johnny, lui aussi, était manifestement… enfin, lui aussi avait honte ». Et Lacan de conclure : « Le capitalisme sert (…) à quelque chose, et nous ne devrions pas l’oublier. C’est les choses qu’il fait qui ne servent à rien[11] ». Je le comprends ainsi : le capitalisme sert à quelque chose, dans la mesure où il produit la plus-value financière. Pour cela, tout lui sera bon, n’importe quel objet. Plus encore, l’objet de consommation se définit justement d’être un objet dont on n’a aucunement besoin. Fondamentalement, il est un objet substituable, jetable, en série, que rien ne particularise. Ce que nous désirons consommer, précisera encore Lacan, est toujours : « n’importe quoi[12] ». En ce sens en effet, les choses que ce discours produit, en tant que telles, ne servent à rien, n’étant que prétextes à plus d’argent. Pas étonnant, donc, que nous retrouvions aujourd’hui tant de sujets affectés d’une perte de sens dans leur travail.

Seconde conséquence : son mouvement sera sans fin, dès lors qu’il s’agira toujours de faire plus d’argent. « Le mouvement du capital n’a pas de limites[13] », écrit Marx. Dans une note de bas de page, il reprend ainsi une expression de MacCulloch dans ses Principes de la politique économique : « La soif insatiable du gain (…) caractérise toujours le capitaliste[14] ». Telle est possiblement ce à quoi Lacan se réfère, parlant de la « soif insatiable du manque à jouir ». Quoiqu’il en soit, l’art du capitaliste est donc de « faire de l’argent ». L’argent est peut-être sans limite, mais il tourne en rond, engendrant toujours le même. Voilà qui n’avait pas échappé à Aristote, qui en retrouvait trace dans l’étymologie même du terme d’argent: « De là son nom, écrit-il, (… né, engendré), car les enfants sont semblables aux parents[15] ». Il sera attendu de l’argent qu’il fasse « des petits[16] », qu’il s’engendre.

Ainsi, l’argent engendre toujours du même. Plus de…, certes, mais rien qui n’invite à sortir de sa bulle, le contraire même. Il y a une bulle financière. J’en souligne une dernière conséquence : l’effet de nivellement que produit l’argent. Marx fait de l’argent la marchandise « absolue », également dans la mesure où il conduit à une équivalence générale de toutes les marchandises. La marchandise est « exclue, et elle devient argent[17] », simple valeur d’échange. « Toutes les marchandises ne sont que des équivalents particuliers de l’argent, et (…) ce dernier est leur équivalent général[18] ». Dès lors « Tout est à vendre », autant que « Tout peut s’acheter[19] ». L’équivalence généralisée en quoi consiste le principe de l’argent, a donc aussi pour conséquence une négation des particularités. La marchandise disparaît[20] dans « l’acte de sa conversion[21] ». « La marchandise doit se débarrasser de son corps naturel, et se convertir d’or[22] », elle « saute de son propre corps dans celui de l’or[23] ». Nouvelle conclusion : l’argent est « le niveleur radical[24] », effaçant les distinctions. Tout, ici, ne sera plus que valeur d’échange, non seulement les objets, mais les sujets qui sur ledit marché de l’emploi, seront à leur tour réduits à cette valeur marchande.

Dans sa Lettre sur l’humanisme, Heidegger commenta également cette référence grandissante à la valeur. Il y a derrière elle, avance-t-il, une idéologie de « l’évaluation », réduisant tout objet et tout sujet à un « faire-valoir ». Il en souligne l’effet paradoxal, mais aussi ravageant: « C’est justement le fait de caractériser quelque chose comme « valeur » qui dépouille de sa dignité ce qui est ainsi valorisé ». « Toute évaluation (…) ne laisse pas l’étant: être, mais le fait uniquement, comme objet de son faire-valoir. L’étrange application à prouver l’objectivité des valeurs ne sait pas ce qu’elle fait[25] ».

En effet, que fait-elle? Telle est la question à laquelle Lacan permet de répondre, depuis la psychanalyse. Premièrement, dire que l’argent est devenu la marchandise absolue, ce à partir de quoi tout sera évalué, est dire qu’il sera devenu le signifiant maître de cette universalisation à laquelle procède le capitalisme. Lacan l’aura indiqué explicitement lors d’une conversation, que nous rapporte François Régnault. Evoquant la Chine, il définit l’argent comme « le signifiant maître absolu ». L’argent est « le signifiant maître ici comme ailleurs, le capitalisme universel, à Pékin même, rien ne compte que la reconnaissance de cette marque[26] ». Désormais, il faut montrer à l’Autre ses signes extérieurs de richesse. Plus encore, il faut se présenter à lui, ajoute Lacan, comme « unité de valeur[27] », ce terme d’unité venant dire à la fois l’unité moïque, ce moi fort et non divisé que promet ce discours, et l’unité du chiffre, la valeur comptable à laquelle chacun est réduit. En effet, l’argent se soutient non seulement du pouvoir du signifiant, mais de celui du chiffre, du comptage, et de sa prétention à pouvoir totaliser. Le discours capitaliste, dans son alliance avec la science, indique-t-il, a produit une « mutation ». « Le point important est qu’à partir d’un certain jour, le plus-de-jouir se compte, se comptabilise, se totalise. Là, commence ce que l’on appelle accumulation du capital[28] ». Avec l’entrée de ce nouveau discours, a donc commencé dans l’histoire cette volonté d’une totalisation numérique. « Total » est devenu l’un des maîtres mots de l’Autre du marché, où se tiendront les comptes.

Dans cette aspiration à l’accumulation, j’ai indiqué ce que deviendra la logique de la consommation. Le sujet se laissera moins aliéner à l’objet acheté, qu’à l’objet suivant, lui faisant miroiter une jouissance sans limite. Se rêve alors « la puissance de la monnaie », par laquelle l’homme pourrait enfin devenir « maître de tout ce qu’il désire[29] ». Le client est celui qui s’imagine être roi. Chez chacun, un petit maître se réveille à l’instant de passer commande. On peut souligner à cet égard l’impatience nerveuse qui nous anime au moment de cliquer pour valider une commande, combien nous exigerons une satisfaction rapide, quasi immédiate, qui n’ait à souffrir d’aucune attente.

Seulement dans cette logique de plus-value, qu’est-ce que le pouvoir d’achat ? Ce pouvoir consistera moins dans le fait de dépenser, que d’avancer, en espérant avoir in fine, plus de. En témoigne le terme qui en France désigne le salaire: « les revenus ». L’argent est ce qui doit « rapporter ». Ainsi que le commente très bien le philosophe Peter Sloterdijk, le paradigme de cette logique est le « retour sur investissement[30] ». Ce retour au point de départ dévoile ainsi que dans son principe même, l’argent court-circuite la dimension de l’expérience, et de l’altérité. Le pouvoir d’achat consiste dans une jouissance fantasmée. A la dimension de l’expérience, se substitue la consommation, sans risque, des possibles. Ce que l’on s’achète, poursuit le philosophe, n’est pas la possibilité d’une expérience, mais la multitude des « options[31] ». Vouloir toujours plus, n’est pas vouloir tel ou tel objet, mais leur infinité.

J’en déduis que le capitalisme aura su faire son profit de l’au-delà de la demande. Une demande, démontrait Lacan, désire toujours autre chose que ce qu’elle demande comme objet du besoin, du fait qu’elle demande originellement un objet symbolique. Le discours capitaliste industrialise cette infinitisation de la demande. Son principe n’est pas de vendre l’expérience d’un désir, mais la possibilité d’un choix, illimité.

Il se dévoile dès lors une opposition entre la logique de la castration et la logique capitaliste. La logique de la castration, se fondant d’un impossible, d’un manque radical, est justement ce qui viendra particulariser un objet, et lui donner une valeur irréductible. Telle est la raison pour laquelle Lacan définira l’amour comme: donner ce qu’on n’a pas, ce rien qui n’est pas rien, mais la cause d’un désir. Voilà qui ne s’achète pas. A l’inverse, la logique capitaliste est ce qui, via l’argent, procède à cette dévalorisation générale, au bout de laquelle tous les objets seraient égaux, substituables. Telle est, poursuit Sloterdijk, la vie du marché. Elle démolit « les originalités brutes, elle les remplace par la conscience du fait qu’il existe toujours des possibilités de choix et des issues latérales. Cela signifie, en conséquence, que les personnes deviennent plus pâles, les objets plus colorés. Mais les incolores son appelés à choisir parmi les colorations.[32] »

Le pouvoir d’achat se révèle donc n’être que le pouvoir de cultiver les possibilités. Voilà qui nous reconduit aux origines étymologiques du terme de pouvoir : avoir la possibilité de. L’économie capitaliste est une façon de suspendre les expériences de désir, pour se satisfaire uniquement de leur virtualisation. Rappelons que l’origine latine du terme de virtuel renvoie au vir, le sexe masculin. Pas étonnant, à suivre Lacan. L’économie capitaliste procède d’une tentative de rejet de la castration, de la singularité coûteuse d’un désir.

Voilà qui rejoint d’ailleurs ce qui pour Lacan[33] fonde la position du riche : ne rien payer. Or justement, ne rien payer est aujourd’hui une promesse de plus en plus clamée par le capitalisme, via l’idéal moderne de la gratuité, et les nouveaux modes de paiement dans le bien nommé monde numérique. Disons-le à la manière de nos start-up d’aujourd’hui : forclore la castration, to make a better world. Au royaume du cool et de la gratuité, c’est alors l’acte d’achat lui-même, avec la décision du sujet qu’elle nécessitait, qu’il s’agirait de rendre obsolète. « Faire disparaître l’argent[34] », remarque le philosophe Eric Sadin, est devenu un objectif de ce discours. Ainsi, « Master Card a lancé un programme visant à transformer tout objet, smartphones, bracelets ou montres connectées, jusqu’aux vêtements, en moyen de paiement sans contact. Soit le corps, insensiblement et à tout instant, transformé en carte bancaire ». Pouvoir « payer sans s’en rendre compte[35] ». L’expression « sans contact », dira ses conséquences pour le lien social.

Enfin, qu’est-ce que vouloir payer, sans s’en rendre compte ? Rien d’autre peut-être que ce qui fait la lâcheté morale du névrosé. A cet égard, Lacan n’avait pas manqué de souligner l’équivoque : « L’acheter, l’acheter… lâcheté. Tiens, tiens!… [36]». La lâcheté ne doit pas être ici entendue comme un jugement moralisateur porté sur les conduites d’achat. Il ne s’agit pas ici de juger l’acte de consommer, encore moins d’en tirer une leçon de bonne conduite qui vaudrait pour toutes et pour tous. Ici comme ailleurs dans son enseignement, Lacan entend la lâcheté au sens de l’éthique psychanalytique, où elle désigne une façon pour le sujet de vouloir ne rien savoir de son désir, ni de sa jouissance, et de se laisser égarer pour cela dans un lien d’aliénation aux suggestions de l’Autre. Au terme, en conclut Lacan, le capitalisme tire sa puissance de proposer au sujet de se racheter, c’est à dire, de racheter sa lâcheté[37], son recul face à son désir et cette faute de jouissance qui fait la castration. Un bon consommateur est aussi celui qui, pour tromper son ennui, ce désir d’Autre chose, s’achètera précisément « n’importe quoi[38] ». Il n’en demeure pas moins que l’inconscient, lui, ne s’en laisse pas conter. Par le symptôme, la cause désirante du sujet, qui fait sa singularité inévaluable, reviendra nécessairement lui faire signe. Telle est la raison pour laquelle, peut-être, la psychanalyse est née au temps du capitalisme. Précisons : la psychanalyse est née justement de ce qui ne s'(r)achète pas.

 

[1] LACAN J., « Radiophonie », dans Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p.435.
[2] Ibid.
[3] ROUXEL J., Les Shadoks en grande pompe, Union européenne, Circonflexe, 2016, p. 9.
[4] MARX K., Le capital, Livre I, Paris, Folio, 1968, p.239.
[5] LACAN J., « Discours à l’Université de Milan le 12 mai 1972 », paru dans l’ouvrage bilingue Lacan in Italia 1953-1978. En Italie Lacan, Milan, La Salamandra, 1978, pp. 32-55.
[6] MARX K., Le capital, Livre I, op. cit., p.192.
[7] Ibid., p.244.
[8] Ibid., p. 242.
[9] Ibid., p. 243.
[10] Ibid., p.243.
[11] LACAN J., Le séminaire Livre XVI, D’un Autre à l’autre, Paris, Seuil, p.239.
[12] LACAN J., « Radiophonie », dans Autres écrits, op. cit., p.414.
[13] MARX K., Le capital, Livre I, op. cit., p.246.
[14] Ibid.
[15] Ibid., p.261.
[16] Ibid., p.289.
[17] Ibid., p.170.
[18] Ibid., p.174.
[19] Ibid.
[20] Ibid., p.197.
[21] Ibid.
[22] Ibid., p.189.
[23] Ibid., p.193.
[24] Ibid., p.222.
[25] HEIDEGGER M., « Lettre sur l’humanisme », dans Questions III, Paris, Gallimard, 1965, p.130.
[26] REGNAULT F., « Vos paroles m’ont frappé », dans Ornicar ? n°49, 1998, p.10.
[27] LACAN J., « Impromptu n°2, Analyticon », le 3 Juin 1970, inédit.
[28] LACAN J., Le Séminaire Livre XVII, L’envers de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1991, p.207.
[29] MARX K., Le capital, Livre I, op. cit., p.221.
[30] SLOTERDIJK P., Le palais de cristal, Paris, Pluriel, 2010, p.124.
[31] Ibid., p.299.
[32] Ibid., p.302.
[33] LACAN J., Le Séminaire Livre VIII, Le transfert, Paris, Seuil, p.416.
[34] SADIN E., La silicolonisation du monde, Paris, L’échappée, 2016, p.129.
[35] Ibid.
[36] LACAN J., Séminaire La logique du fantasme, inédit, leçon du 21 Juin 1967.
[37] Ibid. Cf aussi le commentaire de ce passage de Lacan dans BERNARD D. et DUMOULIN Q., « Désirer, acheter, consommer », Revista latinoamericana de psicopatologia fundamental, Sao Paulo, 22/4, Déc 2019, pp. 718-732.
[38] LACAN J., « Radiophonie », dans Autres écrits, op. cit., p.414.

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