La religion : un possible Nom-du-Père ?

« Il n’y rien de plus naturel, dans les circonstances présentes que le recours à Dieu. Rien de plus naturel, parce que la terre tremble dans nos pays bénis, du fait de l’insoumission et de l’incompréhension  des autres. Malheureusement, les missionnaires ont fait leur temps et les managers ne font pas le poids. La conversion de la planète au système industriel, dont on veut oublier la marque chrétienne, ne se passe pas comme prévu. Alors que fait-on? Inutile de penser, de se risquer à penser, puisque tout a été dit, prévu, planté là une fois pour toute, pour toutes les fois qui viendront, par le Législateur universel. Lui au moins, qui préside à la mort et aux plaisirs, il sait ce qu’il veut : il sait attendre. »

Pierre Legendre,  Le recours à Dieu, site de Patrick Valas

C’est à partir de la relecture du malaise dans la civilisation de Freud que nous avons construit l’idée de notre séminaire collectif de cette année. Pour ma part la question de la religion, de sa place dans toute société humaine depuis l’aube de l’humanité fait partie de mon travail de recherche depuis plus d’années que la rencontre avec la psychanalyse….

Parce ce que même si je rejoins Derrida pour qui : « La religion, c’est la réponse.»[1], cette réponse ne vaut pas pour tout le monde et au contraire elle semble avoir un statut particulier suivant les structures et les positions subjectives.

Alors ce soir je vous propose tout d’abord un retour à Freud et son point de vue sur la religion tel qu’il s’inscrit dans son malaise et pour ensuite vous livrer une ébauche de ma recherche à la lumière de l’enseignement de Lacan et de ma propre expérience.

Malaise dans la civilisation (extraits)

La question du besoin religieux est abordée par Freud du côté régressif, je cite : « leur rattachement à l’état infantile de dépendance absolue, ainsi qu’à la nostalgie du père que suscite cet état, me semble irréfutable, d’autant plus que ledit sentiment n’est pas simplement dû à une survivance de ces besoins infantiles, mais qu’il est entretenu de façon durable par l’angoisse ressentie par l’homme devant la prépondérance puissante du sort. Je ne saurais trouver un autre besoin d’origine infantile aussi fort que celui de protection par le père.»

D’entrée de jeu la question du père est mise en avant dans l’origine du besoin religieux. En abordant la question de la providence, dont je rappelle la définition: action par laquelle Dieu conduit les événements et les créatures vers la fin qu’il leur a assignée, Dieu est l’ordonnateur de toutes choses. Du latin providentia : prévision, connaissance de l’avenir, Freud met au centre de toute certitude la question du père. La question de la providence est interprétée par Freud de la façon suivante:   « L’homme simple ne peut se la représenter autrement que sous la figure d’un père grandiosement magnifié » Il poursuit : « Seul, un tel père peut connaitre les besoins de l’enfant humain, se laisser fléchir par ses prières ou adoucir par ses repentirs. Tout cela est évidemment si infantile, si éloigné de la réalité, que, pour tout ami sincère de l’humanité, il devient douloureux de penser que jamais la grande majorité des mortels ne pourra s’élever au-dessus de cette conception de l’existence.»

L’existence propre est la visée d’un grand Autre. Cette question sans réponse, cette question du sens de La vie n’existe pas, je me rappelle ainsi cette inscription de Marie-Jean Sauret : « R———————–R voilà c’est çà la vie. » L’espace d’un trait  (le symbolique) entre deux hors-sens, l’important ce n’est pas l’avant et l’après. Le trait n’a de valeur que pour celui qui le trace ; c’est le sens que chacun aura à donner à Sa vie. Il est vain de vouloir donner un sens à La vie, ce n’est pas pour autant que chacun ne pourra donner un sens à la sienne.

C’est tout d’abord à cette question que la religion semble vouloir donner réponse : le sens de la vie. Revenons à Freud, que je cite à nouveau :

« La question du but de la vie humaine a été posée d’innombrables fois ; elle n’a jamais encore reçu de réponse satisfaisante. Peut-être n’en comporte-t-elle aucune. Maints de ces esprits « interrogeants » qui l’ont posée ont ajouté : s’il était avéré que la vie n’eût aucun but, elle perdrait à nos yeux toute valeur. Mais cette menace n’y change rien, il me semble bien plutôt qu’on ait le droit d’écarter la question.»

Freud pose alors que seule la religion se pose en ayant réponse à cette question, il insiste même sur le fait que se poser la question du but de la vie; cette question n’existe qu’en rapport avec le système religieux. Mais à la question du pourquoi sommes-nous sur terre, se mêle un autre rapport intrinsèque à l’existence humaine, celui du rapport de chaque être humain à la qualité de la vie terrestre, et à cette fameuse aspiration au bonheur. Je continue la lecture de Freud :

« L’être qui, en proie à une révolte désespérée, s’engage dans cette voie pour atteindre le bonheur, n’aboutira normalement à rien ; la réalité sera plus forte que lui.»

Parenthèse chez Freud cette réalité correspond au fait que dans son existence l’homme a plus à faire à la souffrance qu’au bonheur, il insiste même sur le fait que la souffrance nous menace de trois côtés : notre propre corps destiné à la déchéance et à la disparition, le monde extérieur qui dispose de forces invisibles, et la troisième le rapport de l’homme à l’homme, homo homini lupus, l’homme est un loup pour l’homme. Mais une autre position serait de dénier cette réalité en s’enfermant dans une autre réalité, ce que Freud pose comme la définition du délire, je continue la citation de ce passage :

« Il deviendra un fou extravagant, dont personne, la plupart du temps, n’aidera à réaliser le délire. On prétend toutefois que chacun de nous, sur un point ou sur un autre, se comporte comme le paranoïaque, corrige au moyen de rêves les éléments du monde qui lui sont intolérables, puis insère ces chimères dans la réalité. Il est un cas qui prend une importance toute particulière; il se présente lorsque des êtres humains s’efforcent ensemble et en grand nombre de s’assurer bonheur et protection contre la souffrance au moyen d’une déformation chimérique de la réalité. Or les religions de l’humanité doivent être considérées comme des délires collectifs de cet ordre. Naturellement, celui qui partage encore un délire ne le reconnaît jamais comme tel.»

Dans ce texte Freud énumère les solutions possibles pour l’homme afin d’échapper à la souffrance que j’ai envie de dire de structure. Il évoque donc l’isolement, la religion, la toxicomanie, la sublimation. Mais ce que Freud met surtout en exergue c’est qu’il n’existe pas de solution collective. Il poursuit: « Pris dans ce sens relatif, le seul où il paraisse réalisable, le bonheur est un problème d’économie libidinale individuel. Aucun conseil ici n’est valable pour tous, chacun doit chercher par lui-même la façon dont il peut devenir heureux.»

Ainsi pour Freud la religion est un obstacle au questionnement individuel, au sens de la vie pour chacun. Je poursuis sa lecture :

« La religion porte préjudice à ce jeu d’adaptation et de sélection en imposant uniformément à tous ses propres voies pour parvenir au bonheur et à l’immunité contre la souffrance. Sa technique consiste à rabaisser la valeur de la vie et à déformer de façon délirante l’image du monde réel, démarches qui ont pour postulat l’intimidation de l’intelligence. A ce prix, en fixant de force ses adeptes à un infantilisme psychique et en leur faisant partager un délire collectif, la religion réussit à épargner à quantité d’être humain une névrose individuelle, mais c’est à peu près tout. Il y a, nous l’avons dit, quantité de chemins pour conduire au bonheur, tel du moins qu’il est accessible aux hommes; mais il n’en est point qui y mène à coup sûr. La religion elle-même peut ne pas tenir sa promesse. Quand le croyant se voit en définitive contraint d’invoquer les «voies insondables de Dieu», il avoue implicitement que, dans sa souffrance, il ne lui reste, en guise de dernières et uniques consolation et joie, qu’à se soumettre sans condition. Et s’il est prêt à le faire, il aurait pu sans doute s’épargner ce détour. »

Que nous apporte Freud dans sa réflexion ? Premièrement que la visée de la religion est l’uniformisation de l’individu. On comprend mieux ainsi la notion de pasteur, de pastorale, servant à conduire les moutons et aller rechercher la brebis égarée. Or pour uniformiser il faut au maximum réduire toute réflexion personnelle, la religion est un guide qui fait office de Vérité, je pense que c’est à ce propos que Freud utilise le terme « intimidation de l’intelligence ». Que penser également d’ « épargner à quantité d’êtres humains une névrose individuelle»? La base de la névrose chez Freud se fonde sur la perte de l’objet de satisfaction primordiale, le sujet névrosé doit alors construire autour de cette perte. La religion se dit alors être en mesure de parer à cette perte  en ravalant la valeur de la vie terrestre par la promesse de lendemains qui chantent…Vous souffrez, c’est le prix à payer pour accéder au bonheur éternel. La religion c’est l’acceptation masochiste du symptôme, non pas le questionnement du symptôme qui peut aboutir sur un  « peut-être que je pourrais en faire quelque chose » mais la résignation devant l’inévitable. Freud insiste même sur le fait qu’une résignation à l’extrême que j’interprète pour ma part comme un consentement à se faire objet de la jouissance d’un Autre, car telle est sa volonté, libérerait l’homme de la souffrance.

Freud traitait les religions de délires collectifs dans le sens où il percevait chez les croyants des contradictions d’avec la réalité mais surtout une inaccessibilité à la critique et donc au questionnement. Les constructions religieuses ont pour fonction de consoler imaginairement la condition de l’être humain.

Donc à ce titre la religion peut constituer ou soutenir la pathologie du sujet dans le sens où elle peut faire symptôme. Et qu’est-ce que le symptôme hormis une solution bricolée par le sujet afin de répondre à l’énigme de la vie (le réel) et au fameux désir de l’Autre ?

C’est grâce à cette notion de symptôme que je vais pouvoir enchainer sur la conception lacanienne de la religion. D’ailleurs Lacan dira  « La religion c’est un symptôme. Tout le monde est religieux même les athées.»[2]  L’évolution lacanienne implique un statut de Dieu qui va évoluer au fur et à mesure de l’enseignement de Lacan,  c’est-à-dire un passage de Père Symbolique au Père Réel. Le Dieu de Freud c’est Dieu le Père de la horde : tout d’abord une position d’exception non soumis à la fonction phallique, ensuite un père qui ne subsiste que dans le Nom; donc un Père comme fonction, et enfin une fonction surmoïque. La place de Dieu pour Freud en reste coincée à la fonction de l’Œdipe avec comme agent un père castrateur, interdicteur de jouissance. La métaphore paternelle de Lacan, peut être considérée comme la réinterprétation de l’Œdipe freudien à ceci près qu’en introduisant le phallus à la place de l’organe, Lacan pose la castration comme une opération de signifiant qui ne suppose aucun père castrateur.

Pour Lacan, la question du Père s’est d’emblée construite en référence à la religion et à la place de Dieu. Le Nom-du- Père vient de la religion, Lacan le définit en 1958 de façon très claire p.556 des Ecrits :

 « (…) l’attribution de la procréation au père ne peut être l’effet que d’un pur signifiant, d’une reconnaissance non pas du père réel, mais de ce que la religion nous a appris à invoquer comme le Nom-du-Père.» [3]

En inscrivant la psychanalyse comme pratique opérant à partir de la fonction de la parole dans le champ du langage, Lacan pose le symbolique comme l’articulation signifiante de la parenté. Or ce champ symbolique est régi par un principe le NDP : « C’est dans le Nom-du-père qu’il nous faut reconnaitre le support de la fonction symbolique qui, depuis l’orée des historiques, identifie sa personne à la figure de la loi.»[4]

Pour le Lacan des années 60, le Nom-du-Père sonne comme un principe de réponse. Principe qui vient boucher le trou de la structure par un complément fait d’amour et de sens. Donc nous pourrions y voir exactement une similitude avec ce que propose la religion comme possibilité de réponse. Le mot religion vient du mot religare en latin, faire du lien. A la base de la société parce qu’elle détient le Savoir, c’est également la religion qui est au principe de l’Université, de part également la tradition du savoir au clergé détenu par les moines copistes. D’emblée la religion se pose en Sujet-Supposé-Savoir et revendique d’avoir la réponse, là où la psychanalyse opère en fonction de semblant. C’est cette position de Sujet-Supposé-Savoir qui permet une contingence entre religion et psychanalyse. Mais Lacan va dégager les principes propres à la religion dans le texte « La science et la vérité » que vous trouverez dans les Ecrits, p.872-874, je le cite :

« Le religieux laisse à Dieu la charge de la cause; mais il en coupe là son propre accès à la Vérité. Aussi est-il amené à remettre à Dieu la cause de son désir, ce qui est proprement l’objet du sacrifice. Sa demande est soumise au désir supposé d’un Dieu qu’il faut dès lors séduire. Le jeu de l’amour entre par-là.»[5]

Lacan donne donc une définition de la religion : la vérité comme cause sous son aspect de cause finale. De ce fait Lacan en dégage quelques principes propres à la religion :

  • Premièrement la religion fondée sur « la dénégation de la vérité comme cause » implique que le sujet n’est plus responsable de ce qui lui arrive puisqu’elle laisse à Dieu la charge de la cause, elle coupe ainsi pour elle-même son propre accès à la vérité qui n’est pas à rechercher.
  • Ainsi le sujet religieux se doit de remettre à Dieu la cause de son désir  et donc devenir à ce titre l’objet de jouissance de l’Autre, l’objet du sacrifice. La religion introduit donc le sujet dans une position de séduction à l’encontre d’un Dieu qu’il faut séduire.
  • Enfin la question du savoir se traduisant par une méfiance à son endroit, la religion s’appuie également sur la culpabilité pour qui voudrait remettre en cause la vérité établie. L’absence de questionnement qui en renvoyant aux théories de la fin du monde en place la Vérité en ultime réponse : tout se saura à ce moment-là.

Ma question du départ, trouve un début dans de réponse dans la dernière partie de l’enseignement de Lacan. Est-ce que la religion n’apparaîtrait pas comme l’une des solutions inventées par le nœud? La religion est symptomatique de la société, dans le sens où c’est une solution au réel, mais que faire d’un symptôme qui ne s’interroge pas? Peut-il devenir sinthome avec sa fonction de nouage RSI?

Patrick Valas parle d’un nœud borroméen lévogyre (à l’inverse) je le cite : « La religion procède d’un nœud borroméen lévogyre, elle réalise par l’incarnation christique de la parole du Saint Esprit, la signification du désir d’un Dieu notre père imaginaire qui êtes aux cieux »[6]

« RSI pour la religion, qui réalise ce qui du symbolique peut s’imaginer : Dieu ek-siste (Réel), trouve sa réalisation dans la présence du Christ. La religion donne sens (Symbolique) à ce réel lequel sens s’inscrit en représentations imbéciles sur le corps (imaginaire) avec la prolifération des symptômes comme événements de corps pour le sujet.»[7] Donc la religion donne le sens du symptôme, c’est à ce titre qu’elle est sinthomatique.

« A contrario la psychanalyse procède d’un nouage IRS : le sujet réel n’est plus seulement le sujet du signifiant, il lui faut donc imaginer, inventer (I), ce qui du Réel (R) du symptôme, peut se symboliser(S).  Pour Lacan, imaginer pour un sujet signifie qu’il invente le savoir et la vérité d’une touche de réel, qui ek-siste au symbolique en étant hors signifiant, d’où l’absence d’une vérité qui pourrait se dire toute. Le savoir de la psychanalyse est un savoir parlé donc en manque structural de conclusion. La parole creuse le trou et c’est de ce trou que sortent les prophètes religieux.»[8]

L’incomplétude structurelle de l’homme est à l’origine de la demande de sens. Ce qui fait lien social, ce n’est pas le sens, c’est le refoulement de l’incomplétude. Le lien social est basé sur le déni de notre propre incomplétude, car elle est source de souffrance. Ce mal-être de structure est pris en charge par la religion.

La religion fournit l’explication, le sens, d’ailleurs le verbe théoriser vient de Théos, le Dieu en grec. A la question de « Qu’est-ce que je fous là ? », question que l’on peut placer au centre de la pratique analytique, si tant est que le psychanalyste lui se tait alors que le discours religieux donne sa réponse.

Le sujet en analyse va lui aussi donner ses réponses, mais il va les construire en reconstruisant son histoire autour d’un point de Réel. En déniant le Réel, par la volonté divine, la religion dénie le sujet.

Aujourd’hui nous assistons à une montée en puissance du fanatisme religieux, mais d’un autre côté ce fanatisme religieux est indissociable de la civilisation. On en viendrait presque à oublier que la séparation de l’Eglise et de l’Etat en France date de 1905 à l’initiative d’un député républicain Aristide Briand. Et que penser lorsqu’on  se remémore les Croisades, la découverte du Nouveau-Monde et ses campagnes d’évangélisation ? Parce que si la religion prône le tout universel régit par un seul Dieu, nous savons que pour un ensemble existe il lui faut définir au moins un élément extérieur à l’ensemble, d’où le statut indispensable de l’infidèle ou du mécréant. La religion est faîte de façon à éviter tout questionnement…La seule chose permise si je peux le dire ainsi c’est le doute, c’est aussi pour cela que tous les religieux ne sont pas psychotiques. Mais il est facile de répondre au doute comme une mise à l’épreuve de Dieu.

Mais tout de même, la religion c’est commode pour le névrosé, c’est la facilité de remettre sa vie à la volonté d’un grand Autre qui lui sait où il veut nous mener. Je pense que la position de celui qui sait fascine le névrosé ; ainsi perdre sa subjectivité serait peut-être ne rien vouloir savoir de son symptôme, un refus du singulier pour s’imaginer « être comme tout le monde », rentrer dans la logique universelle telle que se définit le cogito de Descartes : si je pense j’existe en toute certitude. La raison c’est l’envers du doute, et la raison est garantie en dernière instance par Dieu. La religion promeut la certitude, Freud lui donne le terme de délire, or comme je le répète je ne pense pas que tous les croyants soient psychotiques, seul le fanatisme est à mon sens le versant délirant de la religion.

Le névrosé rêve d’un monde sans symptôme, le bonheur cela doit être çà le sans-symptôme. Le religieux lui n’est pas sans symptôme, il se dit simplement qu’ils représentent la condition inexorable pour accéder au bonheur, la vie après la mort, qui n’est pas du ressort du terrestre. Toute idéologie repose sur le plus-de-jouir qu’elle conditionne, qu’elle promet à son issue. Retrouver le paradis perdu, c’est à mon sens en terme lacanien la promesse faîte de retrouver l’objet a, ainsi toute croyance est liée à la question de la jouissance. Or chez l’être humain  la conjonction Savoir et jouissance ne se fait pas : là où je jouis je ne sais pas sauf dans l’inconscient. Par contre Dieu est là où nous autres êtres humains en sommes privés, ce qui fait dire à Lacan : « Dieu est inconscient. » (Séminaire XI Les 4 concepts), Dieu est alors une fonction à laquelle nous affectons le jouir qui nous échappe.

Plusieurs choses pour conclure mon travail, la première serait l’idée d’un titre suivant : « La religion du possible symptôme à l’impossible sinthome ? »

Ce titre ouvre à mon sens la question de la structure  de chaque sujet  dans son rapport à la religion. En effet dans la névrose, la religion en tant que réponse au trou de la structure, peut venir nouer les trois registres RSI et ainsi faire office de symptôme.

Dans la psychose ces trois registres sont libres, ce qui peut les lier c’est la possibilité de construire une suppléance, qui a ce titre car construite par le sujet deviendra sinthome. La religion peut-elle faire office de sinthome ? Peut-être par une réinterprétation des textes où la conviction délirante d’être investi d’une mission divine.

La question, le sens, l’amour sont au cœur de l’être humain. La religion, à opérer du côté de la réponse, a pour but de garantir un ordre et le contrôle des pulsions. Pour un névrosé, la religion peut faire office de symptôme sauf si celui-ci devient analysable … Alors il est fort à parier pour l’athéisme qui je le rappelle pour Lacan n’est pas la fin des croyances, mais la fin des croyances mythiques. Etre athée c’est réussir à éliminer le fantasme du tout-puissant, qu’il soit Père ou Dieu peut-être pour croire à la femme…qui elle n’existe pas.

Je terminerai par cette citation de Paul Thébaud, philosophe et ancien directeur de la revue Esprit :

« Il y a toujours dans la religion et en particulier dans le christianisme une pente à l’ineptie de conclure pour reprendre le mot de Flaubert, c’est-à-dire d’avoir le dernier mot et de confondre la route avec l’arrivée. Penser pouvoir conclure d’avance est le péché spirituel le plus fréquent du christianisme, çà engendre des dogmatismes et des inhumanités. Prendre la place de Dieu est le péché des religions.»

 

[1] DERRIDA, J., La religion, séminaire de Capri, Paris, Seuil, 1996, p.39.
[2] LACAN, J., « Conférences  et entretiens dans les universités nord-américaines », in Scilicet 6/7, Paris, Seuil.
[3] LACAN, J., « D’une question préliminaire a tout traitement de la psychose »,  in Ecrits,  Paris, Seuil, p.556.
[4] LACAN, J., « Fonction de la parole et du langage en psychanalyse », in Ecrits, Paris, Seuil, p.278.
[5] LACAN, J., « La science et la Vérité », in Ecrits, Paris, Seuil, p.872.
[6] VALAS, P., « Dieu le retour ? », in Champ lacannien, Revue de psychanalyse n° 8, p.99.
[7] Ibid.
[8] Ibid.

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