Ponts sous Avranches (11/01/2020)
Que paie-t-on en analyse ?

La Journée initialement prévue le 11 janvier avec Bernard Toboul est annulée, pour raisons personnelles

Merci de votre compréhension

Journée d’étude à Avranches avec Bernard Toboul, psychanalyste à Paris

 

9h30 : Accueil

Repas servi sur place

(12 euros, sur inscription préalable avant le 9 janvier 2020)
Contact : Marie-Hélène Cariguel, 06 10 41 81 78

 

QUE PAIE-T-ON EN ANALYSE ?

 

Pour Freud la question de l’argent doit être abordée dès le début dans la cure. Dans son texte de 1913 “Le début du traitement”, il écrit : “Le point suivant dont on devra décider au commencement d’une cure, c’est l’argent, les honoraires du médecin.”[1] Il poursuit : “L’analyste ne conteste pas que l’argent doive avant tout, être considéré comme un moyen de vivre et d’acquérir de la puissance, mais il prétend qu’en même temps d’importants facteurs sexuels jouent leur rôle dans l’appréciation de l’argent et c’est pourquoi il s’attend à voir des gens civilisés traiter de la même façon les questions d’argent et les faits sexuels, avec la même duplicité, la même pruderie et la même hyprocrisie”[2].

Freud rapproche étroitement argent et sexualité. Il montre que l’argent relève de la jouissance. Le cas de l’Homme aux rats[3] est sur ce point exemplaire. En allemand, Ratten signifie “rat” et Raten “paiement partiel”. Ce signifiant “rat” s’inscrit dans une série d’équivalence : rats = argent (florins) que ce soit comme supplice par les rats tout comme l’argent dans la prostitution, mais aussi rats = dette du père, rats = enfants, etc. L’expression “être rat” réfère à l’avarice, l’inverse étant la prodigalité, deux positions excessives de jouissance.

Pour Lacan, l’analyse relève du paiement. Selon le Petit Larousse, payer vient du latin pacare qui signifie “faire la paix” puis “apaiser”. Dans “L’éthique de la psychanalyse”, Lacan accorde le paiement avec la sublimation : “Sublimez tout ce que vous voudrez, il faut le payer avec quelque chose : ce quelque chose s’appelle la jouissance. Cette opération mystique, je la paie avec une livre de chair.”[4]

En parlant, le sujet sublime c’est-à-dire que la pulsion sexuelle change de but. Il s’agit à la fois de payer cette sublimation avec de la jouissance et de payer cette opération de paiement avec une livre de chair, soit un réel du corps. Le paiement en espèces (la monnaie) en est un représentant.

Parler en analyse c’est aussi payer de mots et de signifiants. Le signifiant représente la mort de la chose (“le mot est le meurtre de la chose”). La mort au niveau symbolique du signifiant vient en quelque sorte contrer la pulsion de mort. C’est aussi de ce qui n’était pas que se produit ce qui advient. Ainsi le sujet paye pour produire.

Le savoir acquis en analyse vaut le prix comme le dit Lacan : “Ce prix est le prix de quoi ? C’est clair – c’est le prix de la renonciation à la jouissance”.[5]

Du côté de l’analyste, dans “La direction de la cure et les principes de son pouvoir”, il précise : “… dans la mise de fonds de l’entreprise commune, le patient n’est pas seul avec ses difficultés à en faire l’écot. L’analyste doit aussi payer :

  • payer de mots sans doute, si la transmutation qu’ils subissent… les élève à leur effet d’interprétation ;
  • mais aussi payer de sa personne… il la prête comme support aux phénomènes singuliers que l’analyse a découverts dans le transfert ;
  • … il doit payer de ce qu’il y a d’essentiel dans son jugement le plus intime, pour se mêler d’une action qui va au coeur de l’être… : y resterait-il seul hors de jeu ?”[6] .

Il est question d’une sorte de pacte de paroles où l’analyste et le patient sont engagés dans une “entreprise commune” dans laquelle l’un et l’autre payent.

Cette “entreprise” se fonde sur l’amour, pivot du transfert. “Car si l’amour, c’est donner ce qu’on a pas, il bien vrai que le sujet peut attendre qu’on le lui donne, puisque le psychanalyste n’a rien d’autre à lui donner. Mais même ce rien, il ne le lui donne pas, et cela vaut mieux : et c’est pourquoi ce rien, on le lui paie, et largement de préférence, pour bien montrer qu’autrement cela ne vaudrait pas cher.”[7] (Lacan).

Enfin, pour ouvrir sur le sujet du paiement en analyse que dire des institutions où la psychanalyse est gratuite ?

Freud, d’abord sceptique face à la gratuité et à l’efficacité de la psychanalyse sur les plus pauvres (1916), changera d’avis et en envisagera plus tard le projet dans son texte “Les voies de la thérapie psychanalytique” (1919).

“Alors seront édifiés des établissements ou des instituts de consultations auxquels seraient affectés des médecins formés à la psychanalyse afin de rendre, par l’analyse, capables de résistance et d’activités les hommes qui sans cela s’abandonneraient à la boisson, les femmes qui menacent de s’effondrer sous le poids des renonciations, les enfants qui n’ont le choix qu’entre la sauvagerie et la névrose. Ces traitements seront non payants. Il faudra peut-être longtemps avant que l’Etat ressente ces obligations comme urgentes”[8].

[1]   Freud S., Le début du traitement. La technique psychanalytique, Paris, PUF, 1972, p. 90.
[2]   Ibid.
[3]   Freud S., L’homme aux rats. Journal d’une analyse, Paris, PUF, 1974, p. 169.
[4]   Lacan J., L’éthique de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1986, p. 371.
[5]   Lacan J., Le Séminaire XVI, D’un Autre à l’autre, Paris, Seuil, 2006, p. 39.
[6]   Lacan J., Ecrits II, Paris, Seuil, 1999, p. 64.
[7]   Ibid, p. 95.
[8]   Freud S., Les voies de la thérapie psychanalytique. La Technique psychanalytique, Paris, PUF Quadrige, 2007, p.164.

 

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  • Date(s) : 11/01/2020
  • Horaires : 9h30 - 17h30
  • Lieu : Salle de convivialité Mairie Ponts sous Avranches
  • Tarif plein : 15 €