Rennes (04/04/2020)
Journée d’étude du CCPO avec Elisabeth Léturgie

Programme de la matinée à préciser

 

Conférence d’Elisabeth Léturgie, psychanalyste au Havre

La particularité du transfert dans les cures avec les sujets sans parole

 

Thème de l’année : L’efficace du transfert face aux symptômes
par Eliane Pamart

Si le transfert existait bien avant la psychanalyse notamment dans les traitements relevant de la suggestion telle que l’hypnose, Freud, se démarque de cette méthode, faisant du transfert un concept fondamental pour la psychanalyse. Pour en illustrer la différence, tout en élaborant sa technique analytique, il se réfère à Léonard de Vinci.
Pour celui-ci, la peinture travaille per via di porre, en appliquant une substance (des parcelles de couleur) sur une toile blanche, alors que la sculpture procède per via di levare en enlevant à la pierre brute tout ce qui recouvre la surface de la statue qu’elle contient. Freud considère que la technique par suggestion procède comme la peinture, qui ne se préoccupe ni de la force ni de l’origine de la signification des symptômes morbides, alors que la psychanalyse agit per via di levare et il écrit : « la méthode analytique ne cherche ni à ajouter ni à introduire un élément nouveau, mais, au contraire, à enlever, à extirper quelque chose ; pour ce faire, elle se préoccupe de la genèse des symptômes morbides et des liens de l’idée pathogène qu’elle veut exprimer.(1) »
En s’appuyant sur la parole du patient, il a fondé « un art d’interpréter dont la tâche est, pour ainsi dire, d’extraire du minerai des idées fortuites le pur métal des pensées refoulées.(2) ». Freud affine le dispositif analytique qui repose sur l’idée que « les représentations inconscientes ou mieux, l’inconscience de certains processus psychiques sont les causes immédiates des symptômes morbides.(3) »
Autant dire que le transfert devient l’outil indispensable de sa technique d’où ses « recommandations » quant à son maniement, adressées à ses disciples et tout particulièrement dans son texte Conseils aux médecins, dont la pertinence nous saisit encore.
Il prend soin de souligner l’aspect spontané du transfert, le fait qu’il dépasse la mesure et s’écarte de par son caractère et son intensité de ce qui serait normal et rationnel ; ces particularités ne sont pas imputables à la psychanalyse mais bien à la névrose elle-même. En effet, si le névrosé est un demandeur insatiable d’amour qu’il adresse à chaque petit autre rencontré(4), le transfert s’instaure d’emblée sur tout objet susceptible d’y répondre. Le transfert est un amour qui se déploie dans le cadre analytique et c’est un amour qui s’adresse au savoir.
Si Freud voit dans le transfert une réédition des amours infantiles, Lacan considère le transfert comme une expérience où il s’agit de passer au crible les amours du sujet, et dans son Séminaire sur L’acte analytique, on peut lire qu’il s’agit de «ramener le transfert à sa simple et misérable origine […] où, la mise en question du transfert, ce n’est ni qu’il est amour, ni qu’il ne l’est pas […] c’est qu’il met l’amour sur la sellette, et de cette façon dérisoire(5)» pour atteindre ce dont il s’agit dans le drame humain du désir grâce à l’opération analytique.
Ainsi si Freud invente sa technique analytique grâce à ses patientes hystériques, Lacan relèvera le défi avec sa thèse sur Aimée(6) en 1932 où il élargit le dispositif analytique aux psychoses en faisant valoir le symptôme au cœur de la structure du sujet.
Dans sa Question préliminaire à tout traitement possible des psychoses, il précise qu’il convient alors d’introduire une juste conception du maniement du transfert, revenant ainsi à Freud qui avait déjà avancé dès 1904 à propos du traitement analytique des psychoses lors d’une Conférence faite au « Collèges des médecins à Vienne qu’« Il ne serait pas du tout impossible si l’on modifiait la méthode de façon adéquate et qu’ainsi puisse être constituée une psychothérapie des psychoses.(7)»

Outre ce retour aux textes de Freud et de Lacan, le choix de ce thème de travail sur « l’efficace du transfert face aux symptômes » ouvre le champ de la clinique sur le social, l’éducatif et le thérapeutique, et vient interroger chaque clinicien dans son acte analytique.

1 – Freud. S ; La technique psychanalytique, Puf ; Paris ; 1989 ; p. 13.
2 – Ibid. p. 5
3 – Ibid. p. 19
4 – Pamart, E ; La névrose de transfert, RNCC N° 6
5 – Lacan. J ; Le Séminaire Livre XV, L’acte psychanalytique, inédit, leçon du 21 février 1968.
6 – Pamart. E ; Aimée nous enseigne encore… RNCC N° 17
7 – Freud. S ; La technique analytique, Paris ; Puf, 1981, p. 17

Contact : Marie-Thérèse Gournel, gournelmt@gmail.com
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  • Date(s) : 04/04/2020
  • Horaires : 11h00 - 17h30
  • Lieu : Chambre des métiers 1 rue de l'Alma Rennes
  • Tarif plein : 14.8 €
  • Tarif réduit : 7 €